Ce jour-là


Ce jour-là, c'était un vendredi, comme aujourd'hui. J'avais passé mon épreuve de littérature du bac, c'était tombé sur Perceval et Le Procès de Kafka. Nous avions rendez-vous le soir, vers 18h. La veille, nous n'avions pas osé échanger de baiser, mais déjà nous sentions qu'une attirance était là, évidente entre nous. 
Je portais un tee-shirt rouge, un jean retroussé et des claquettes noires. Ma veste kaki aussi je crois. C'était un 10 juin ensoleillé, mais encore un peu frais en soirée, et ton blouson sur mes épaules m'avait un peu réchauffée en attendant que l'on ose enfin se prendre dans les bras l'un de l'autre, sous le regard amusé des gamins qui traînaient à proximité. Nous nous étions assis dans l'herbe, près du canal, derrière le camping municipal de notre ville. A cet instant, la chanson "Stand by me" avait même retenti dans ce camping où personne ne semblait pourtant camper à cette saison. 
Ce jour-là, c'était il y a 11 ans. 
Onze ans. Une éternité. Onze ans et pourtant dans mes souvenirs, l'odeur de nos peaux ensoleillées est toujours présente, intacte.
Onze années ponctuées d'événements standards d'une vie de couple. Standards mais essentiels.
Ce matin, nous n'avions même pas vu que nous étions le 10. C'est entre mon café et ma tranche de brioche que je m'en suis aperçu, en regardant la météo sur mon portable, juste avant la tasse renversée par l'Hirondelle et le départ chronométré du Crapaud pour les toilettes. On ne pouvait plus prosaïque onzième anniversaire. 
Ce soir, je suis seule devant le match de foot, tu avais prévu une soirée jeux avec tes potes, et moi, je m'organise par conséquent une soirée glace-glandouille-procrastination. La vaisselle dans l'évier peut bien attendre onze ans et un jour, non ?
Il y a des soirs où je me dis qu'on est bien loin des paillettes et des premiers papillons dans le ventre des jeunes amoureux. Même si pour toi, tout semble toujours aller bien, c'est vrai, peu importent le glamour et les paillettes. Tu es si constant dans tes émotions, ça m'épatera toujours ! 
Ce que tu ne sais pas, c'est que dans ma soirée glandouille, j'ai calé un moment visionnage de photos. Je me suis replongée dans nos clichés de 2005 à aujourd'hui, voyageant d'appartement en appartement, de maison en maison, de maternité en maternité, au fil des images. Et là, je me suis pris un TGV dans la tronche. Un TGV de bonheur. C'est ça, nos photos respirent le bonheur. Si fort que mon cœur s'est mis à palpiter un peu trop fort. 
Alors je suis là, devant ce match de foot dont je n'ai rien à foutre, à attendre que tu rentres pour te serrer très fort et me faire pardonner de mon inconstance à moi. Je n'ai pas ta sagesse, je traverse la vie en focalisant parfois sur les tempêtes, peut-être parce que le bonheur ne fait pas assez de vagues, d'ailleurs. Bref, je t'aime,  malgré tout, et pour toutes ces raisons, en fait. On est plutôt bien sur notre embarcation faite de bric et de broc mais qui ne craint pas le courant. 

Commentaires

  1. C'est très touchant. Il s'en passe des choses en 11 ans! Je te souhaite à nouveau 11 années de bonheur :)
    Julia

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  2. Belle déclaration d'amour !!
    C'est toujours émouvant quand on se replonge des années en arrière et qu'on voit tout ce beau chemin parcouru et même tout ce que l'on a construit ensemble.
    Bises

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  3. Merci à toutes, je suis heureuse que ce texte vous ait touchées car il est de ceux que j'ai écrits du plus profond de mon cœur (oui, je sais, c'est guimauve ^_^)

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