Le réveil (Sangatte)


Il y a des périodes de la vie où tout n'est pas rose, où des choses éclatent, où des épreuves s'accumulent. Sans entrer dans les détails, nous avons vécu des choses un peu difficiles ces derniers temps, nous menant à des questionnements et des remises en question. 

Un matin, on se réveille et on se rend compte qu'on passe à côté de milliers de choses dans notre vie. On étouffe de cette vie de consommation, de connexion, on vomit cette société de l'apparence, du drame et de l'hypocrisie. 
Jeudi soir, après le goûter, entre la vaisselle et un coup de balai, j'ai raconté à l'homme que j'avais récemment pris une carte du Nord-Pas-de-Calais, et que j'avais longé la côte avec mon doigt, listé les stations balnéaires, les plages et villes côtières, repéré celles que je ne connaissais pas, celles où je n'étais jamais allée. Zuydcoote, Oye-Plage, Ambleteuse, Wissant, Sainte-Cécile... Je ne suis jamais allée non plus aux caps blanc nez et gris nez (enfin, si , en CP ou CE1 je crois, mais je ne m'en souviens pas).
Il m'a dit : "On n'a qu'à y aller. Maintenant."
A 18h06, on a mis les enfants dans la voiture, on a emporté les restes du pique-nique du midi, on a pris la carte au trésor qu'avait dessinée le crapaud quelques minutes plus tôt, et on a roulé, en direction de la côte.On n'a pas mis le GPS. On n'a pas mis de musique dans la voiture. On a oublié de remettre la carte  SD dans l'appareil photo. On a aligné les kilomètres, vers 19h15 on a loupé la bifurcation vers le cap blanc nez, on s'est retrouvés à Sangatte - Blériot Plage.  Alors on s'est garés et on a cherché la plage, devinant le bord de mer derrière les maisons côtières. 
On a emprunté un petit escalier de béton. Et puis on s'est pris une claque. Une bonne grosse claque dans la tronche.

Là, juste en haut des marches, on a découvert une plage préservée, un peu sauvage. Des dunes, des galets, des poteaux de bois dans l'eau. Une plage si différente des grandes étendues de sable fin comme on en connaît beaucoup dans le nord. Une plage presque déserte dans une soirée d'été.

L'homme et les enfants se sont baignés, j'ai trempé mes pieds, j'ai ramassé des galets, je me suis souvenu que j'aimais faire des ricochets. Comment avais-je pu l'oublier ? J'ai sélectionné mes cailloux, lisses, plats. Le record de la soirée - quatre ricochets - ne fut pas glorieux, mais c'était si bon. J'avais huit ans. Huit ans plus vingt.

On habite à une heure de ça. Ce n'est rien, une heure. Et c'est à la fois tellement... 

Sangatte, ce n'est pas très "sexy", a priori. On pense réfugiés, on pense misère. Sangatte, c'est juste superbe, en vrai. Et ça l'est encore plus pour moi aujourd'hui.


    

    

(quelques photos médiocres de téléphone, mais je les trouve si belles)

Commentaires

  1. Magnifique... Le texte, les photos, c'est magnifique.

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  2. Très émouvant ton texte ! On a tous besoin de moments improvisés, de reconnexion avec nous-même, ça fait un bien fou et en général on se dit qu'on va essayer de le faire plus souvent.
    Bises

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  3. J'adore ce billet, rempli de si jolies choses...

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  4. Très joli billet.
    J'aime les plages du Nord et comme toi, il y en a des tas que je ne connais pas.
    Allez vous perdre dans les dunes de Zuydcotte, c'est top !

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  5. Mon Dieu le nombre de catégories sur ton blog ! Tu parles sur des sujets bien variés !

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    1. Oui, c'est vrai... Je ne me bride pas, j'écris sur la vie en général et je suis curieuse de beaucoup de choses ;)

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