Le dernier Foenkinos : Le Mystère Henri Pick

Depuis que j'ai découvert Foenkinos il y a quelques mois, il est sans conteste devenu mon auteur préféré.
Pour moi, Foenkinos, c'est le sens de la formule, de la petite phrase qui vise tout droit dans le mille. C'est l'impression assez étrange que chaque bouquin lu parle de ma vie, et je me dis que son écriture doit tendre vers l'universalité pour toucher autant. 

Le Mystère Henri Pick est son dernier roman. 
L'histoire d'un manuscrit-chef-d'oeuvre trouvé au fin fond d'une bibliothèque bretonne consacrée aux manuscrits refusés par les éditeurs. L'idée est empruntée à Richard Brautigan et a fait l'objet d'autres romans d'autres auteurs d'ailleurs.
Je n'en dirai pas beaucoup plus sur le contenu de l'intrigue, car tout tourne effectivement autour de cette question.

En revanche, je peux vous dire ce que j'en ai pensé. C'est un roman que j'ai aimé, que j'ai dévoré, mais je dois dire qu'il me laisse complètement sur ma faim.

Les 286 pages m'ont laissé un goût de trop peu. J'ai trouvé les personnages un peu survolés parfois, il m'a manqué de la matière pour m'attacher réellement à eux. Même si la description de certains est superbe : je pense à celle de Gourvec, le bibliothécaire (cf. plus bas). La Bretagne aussi, est un peu trop accessoire peut-être, en ce qui concerne le décor.
Je suis assez sévère, car c'est un bouquin qui m'a malgré tout beaucoup plu, mais en comparaison avec La Délicatesse ou Les Souvenirs, j'ai trouvé que c'était en dessous. L'incipit, notamment, manquait d'un quelque chose. Peut-être que j'aurais dû le lire plus tôt, j'aurais été moins dure. Ou peut-être que je ne l'ai pas lu comme je l'aurais dû... Ai-je été distraite pendant que je lisais, si bien que je ne l'ai pas savouré comme il le méritait ? 

Toutefois, j'ai beaucoup apprécié toute la réflexion sur ce qui fait qu'un livre se vend ou ne se vend pas, de nos jours, et sur le fait que finalement, on s'attache plus à l'histoire qui entoure la parution d'un livre qu'à son contenu. J'en viens même à me demander si je n'ai pas été plus séduite par l'idée de lire un livre qui parle d'une bibliothèque des livres refusés que par l'intrigue elle-même du Mystère Henri Pick, voyez-vous ?  J'avais placé une très grosse attente dans ce bouquin à partir de ce que j'en avais entendu et de son point de départ. (Je réfléchis peut-être un peu trop parfois, je vous le concède)

(Ne me demandez pas pourquoi il y a un bol de céréales sur cette photo. Je trouve juste ce bol joli, et je mange souvent quand je lis...)

Quelques extraits... :

p. 15 
"Jean-Pierre Gourvec (...) était un de ces hommes qui préfèrent leur région à leur patrie, sans pour autant que cela fasse d'eux des excités nationalistes. Son apparence pouvait laisser présager le contraire : tout en longueur et sécheresse, avec des veines gonflées qui lui striaient le cou et une pigmentation rougeâtre prononcée, on imaginait immédiatement qu'il présentait la géographie physique d'un tempérament colérique. Loin de là. Gourvec était un être réfléchi et sage, pour lui les mots avaient un sens et une destination. Il suffisait de passer quelques minutes en sa compagnie pour dépasser le stade de la première et fausse impression; cet homme offrait le sentiment d'être capable de se ranger en lui-même."

Voilà une description que je trouve grandiose et qui me donne l'impression de ne pas savoir aligner trois mots !

p. 93
"Ses deux filles étaient parties ouvrir un restaurant ensemble à Berlin, et Joséphine leur avait rendu visite quelquefois. En déambulant dans cette ville à la fois moderne et marquée par les cicatrices du passé, elle avait admis qu'on pouvait dépasser les ravages non pas en les oubliant mais en les acceptant. On pouvait composer un bonheur sur un fond parsemé de souffrances. Mais c'était plus facile à dire qu'à vivre, et les humains avaient moins de temps que les villes pour se rebâtir. Joséphine parlait souvent avec ses filles au téléphone, mais ce n'était pas réconfortant; elle voulait les voir. Son ex-mari l'appelait aussi de temps en temps, pour prendre de ses nouvelles, mais cela ressemblait à une corvée, une sorte de service après-vente de la rupture. Il minimisait le bonheur de sa nouvelle vie, alors qu'il était profondément heureux sans elle. Bien sûr, il n'aimait pas penser aux dégâts qu'il avait laissés derrière lui, mais vient un âge où l'urgence empêche de refuser le plaisir."

J'aime cet extrait pour sa référence à Berlin, ville que j'ai adorée justement pour cette ambivalence entre ultra-modernité et traces d'un passé douloureux. Et puis la dernière phrase est simplement juste.

p. 271
"Son roman dévoilait ses sentiments, qui finalement avaient été si puissants, au point qu'il n'avait plus jamais aimé aucune femme par la suite. Elle admettait maintenant qu'elle avait ressenti la même chose. Cela avait donc existé, et c'était peut-être ça le plus important. Oui, cela avait existé. Tout comme les récits lumineux qu'elle formait au cœur de son obscurité. La vie possède une dimension intérieure, avec des histoires qui n'ont pas d'incarnation dans la réalité mais qui pourtant sont vécues."
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Un jour je vous raconterai peut-être (ou pas) comment Foenkinos est intimement lié à des bouleversements de ma vie et à quel point je me dis parfois qu'il n'y a pas de hasard.
Car bizarrement, le jour où j'ai emprunté Le Mystère Henri Pick à la médiathèque, je suis tombée (par hasard?) sur un autre livre : Au paradis des manuscrits refusés, d'Irving Finkel. 
Ce sera ma prochaine lecture ! 

Commentaires

  1. "Je vais mieux" de Foenkinos m'avait fait tellement de bien. Je n'ai pas encore fini le mystère Henri Pick mais pour l'instant, je suis bien dedans, alors j'ai sauté un gros passage de ton billet. Mon mec est resté sur sa faim aussi. J'attends de voir en me laissant bercer par son écriture si délicate.

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