La femme brouillon


La femme brouillon, d'Amandine Dhée, paru chez La Contre Allée, est l'une de mes dernières lectures.
Cet ouvrage d'un peu moins de cent pages est certes court, mais il relève du joli concentré littéraire. 

C'est un petit traité d'entrée en maternité. Exactement le genre de livre que j'aurais aimé avoir entre les mains dans les moments où le doute avait en moi une croissance proportionnelle à celle de mon ventre.
Devenir mère. Une étape initiatique qui relève du challenge dans notre société qui brandit des images parfaites, qui culpabilise et divise.

La troisième de couverture comporte une note d'intention de l'auteur qui en dit long sans trop en dévoiler non plus :

"J'ai écrit ce texte pour frayer mon propre chemin parmi les discours dominants sur la maternité. J'ai aussi voulu témoigner de mes propres contradictions, de mon ambivalence dans le rapport à la norme, la tentation d'y céder. Face à ce moment de grande fragilité et d'immense vulnérabilité, la société continue de vouloir produire des mères parfaites. Or la mère parfaite fait partie des Grands Projets Inutiles à dénoncer absolument. Il m'a paru important de me positionner clairement en tant que féministe parce que je veux donner un éclairage politique à mon expérience intime. 
J'ai voulu un texte court. Plus que jamais, j'avais envie de tranchant, d'aigu, et surtout pas d'une langue enrobante ou maternante. "

La femme brouillon m'a bousculée. J'y ai perçu des failles ô combien familières, des réflexions d'une rare justesse.

Parce que porter la responsabilité d'une vie autre que la sienne peut transcender ou assommer, parce que la maternité nous relie entre femmes, c'est un fil intergénérationnel, interculturel, qui dépasse le temps et les frontières.
Parce que l'arrivée d'un enfant dans un couple est un bouleversement matériel, psychologique, physique. 

La maternité est une explosion dans notre identité déjà multiple de femme. Et Amandine Dhée l'a parfaitement compris. 

Je brûle de vous livrer quelques citations, mais le choix est terrible, je voudrais vous donner à lire la totalité des phrases de cette pépite de bouquin. 

Malgré tout, je l'ouvre un peu au hasard et j'extirpe ceci :

"Mes identités se disputent. 
Je me surprends parfois à jouer la Mère, à contribuer à cette escroquerie.
Profiter de la maternité pour passer mes désirs à la trappe, laisser le couple et la famille tracer mes contours, autoriser les autres à circuler en moi et ne fermer aucune porte. Ne plus vivre l'angoisse d'être libre, comme c'est tentant. Profiter aussi de cette magnifique opportunité d'exercer mon pouvoir sur quelqu'un. Le cribler de dettes, du cadeau de Noël au nez mouché. Régenter, contrôler, prévenir les besoins du bébé, le combler. "

"Ce n'est pas le bébé qui m'épuise, mais cette façon de me redéfinir constamment."

En espérant que cela vous donne l'envie de plonger dans les mots si justes d'Amandine Dhée.

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