Atelier d'écriture Bricabook #313

Connaissez-vous les ateliers d'écriture de Bricabook ?

A partir d'une photo, nous sommes invités à écrire un petit texte et à le partager. Beaucoup de personnes participent, même la journaliste Elsa Grangier se prête parfois au jeu. Je n'avais pour ma part jamais osé me lancer jusqu'à présent. Mais je trouve qu'il s'agit d'un bel exercice créatif, d'une douce stimulation pour l'imagination.

Voici donc ma participation !
© Jon Tyson


Le passage secret

Isée presse le pas sur le bitume huileux qui porte encore les traces des poubelles éventrées de la nuit précédente. Le jour commence juste à poindre en ce matin d’automne, la nuit s’étire un peu encore tandis qu’octobre fait ses valises et que la grisaille fait le lit de novembre. Dans son cartable, la jeune fille a glissé cahiers, stylos, chaussons et une cargaison de courage.  Les trajets sont épuisants après les nuits trop courtes. Mais il faut se hâter, la section sportive du collège ne tolère aucun retard.


Eloi, qui partage l’unique chambre du logement avec Isée depuis le déménagement, a ciselé la nuit à coup de poussées dentaires. Maman, désolée de tout ce vacarme, a emmené le petit frère dans le canapé du salon, éreintée elle aussi par ces galères sans nom, ces journées sans fin, ces tunnels sans lumière. Depuis que son père est parti sans laisser de trace, Isée bout de colère. Ça ne vous laisse pas sans le sou, un père ! Ça n’abandonne pas sa femme et ses enfants, un père !  Il a fallu dire au revoir à la jolie maison, se serrer les coudes et le cœur pour aller de l’avant, parce qu’en réalité, on n’a pas le choix, il n’y a plus rien, derrière soi. Isée voudrait bien rembobiner le film, retrouver le parfum du bonheur qui sent peut-être un peu trop le catalogue IKEA, mais qui a le mérite de ne pas précipiter trop vite les enfants dans l’aigreur routinière des adultes. Or, il n’y a que l’avant qui promette un espoir. Un futur où rien n’est impossible si l’on est tenté d’y croire.


Chaque matin, la jeune fille se répète l’itinéraire appris par cœur sur le plan de la ville affiché au coin de la rue. Du nouvel appartement au collège, quarante-cinq minutes de marche. Isée ne s’en plaint pas, loin s’en faut. Ce trajet quotidien berce son esprit, lequel déploie les projets et les rêves comme des ailes de papillon.  Première à droite, deuxième à gauche, au rond-point, quatrième rue, puis tout droit jusqu’au square. Et puis le passage secret. Cette arrière-cour bordée d’un grillage qui débouche sur la grand-rue. Ce ne pouvait être un hasard, la danseuse sur le mur. Un encouragement du sort ? Un coup de pouce de la vie après tous ces coups durs ?


Isée nourrit l’espoir de fouler les parquets et les scènes des plus grands opéras. Alors quand, au hasard d’un détour, surgit sur un pignon la fresque d’un immeuble qui a tout d’un miroir, et que sur ce reflet se déploie le corps léger d’une danseuse qui s’envole, on ne peut y voir qu’un signe. Isée se raccroche à ce mur éraflé : un jour, en pleine lumière, ce sera bien elle, le cygne.

Commentaires

  1. J'aime l'espérance, cette force de l'enfance, d'y croire, de rêver.

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    1. Et l'écriture, souvent, nous fait invoquer cette espérance

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  2. L’espoir se cache parfois au détour d’un chemin, d’une ruelle, sur la façade d’un immeuble sur laquelle un artiste à laisser un beau message… C’est beau !

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    1. Oui, j'aime l'idée qu'il y ait toujours un espoir tapi quelque part !

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  3. Ah zut, je pensais avoir laissé un commentaire ! :-o
    A la relecture du texte, je me dis que l'évasion commence dès les prénoms utilisés ... Ils me projettent ailleurs, et donnent une couleur au texte que j'aime assez. Sur la force des rêves ...

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