L'écologie de la joie


Parfois je m'interroge.
Est-ce que pour être prise au sérieux, ma démarche écologique doit être austère ?
Est-ce ce que je suis crédible si j'aime fêter Noël et les anniversaires ? Si j'aime les effusions de joie, les rires, les bons fromages et les spritz ? Si je me prétends zéro déchet et que je publie un livre dont la fabrication nécessitera des arbres coupés ?

La pression de la perfection est partout. Je me remets parfois en question quand je me heurte aux autres. Je comprends bien que l'urgence écologique nécessite des gros changements, des petites révolutions, des engagements forts. Malgré tout, est-ce que ça discrédite les personnes qui amorcent des changements plus subtils, plus lents ?

Il m'arrive souvent de croiser des personnes engagées, passionnantes et généreuses, prêtes à de nombreux changements pour aller vers une société plus respectueuse de l'Homme et de la nature, hélas il m'arrive aussi de côtoyer des gens aux idées tellement arrêtées, si persuadés d'être dans le juste que leur regard se fait intransigeant voire excluant.


A la lecture récente des Cerfs-volant, de Romain Gary, une image m'a sauté aux yeux. L'intolérance de certains me fait penser à ces résistants qui ont fini par tondre les femmes ayant trop approché les allemands en 45. N'y a-t-il pas un écueil dangereux où l'on pourrait tomber quand on croit qu'on se situe au-dessus des autres, qu'on fait tellement bien, qu'on est tellement héroïque qu'on peut se permettre de traiter l'autre avec mépris ?

J'ai le sentiment que les extrêmes n'augurent jamais rien de bon.


Je suis peut-être à côté de la plaque, mais mon écologie, ce n'est pas l'écologie de l'austérité. Je conçois une écologie de la joie, des rires, des chants et du partage !
Je veux pouvoir sortir de la société de consommation tout en partageant des fêtes avec ceux que j'aime ! Est-ce forcément incompatible ?
Supprimer les temps de fête traditionnels sous prétexte qu'ils relèvent de la société de consommation est un droit, mais cela revient pour moi à dire que la surconsommation provoque une joie ou des plaisirs qu'on ne peut plus s'autoriser dans la sobriété.

Comment donner envie à ceux qui n'ont pas encore franchi le pas (de réduire leurs déchets, de manger bio, d'arrêter les pesticides, de fuir les supermarchés, de s'engager en tant que citoyen...) si le message qu'on leur envoie est chargé de mépris, d'intransigeance, de condescendance ?

J'accorde de l'importance au fait de se souvenir d'où l'on vient, mais aussi à la capacité à valoriser, à regarder avec bienveillance les pas franchis au lieu de fustiger l'insuffisance, l'incomplétude, somme toute très subjectives.

Et puis je trouve ça beau de réussir à changer ses habitudes, d'avancer vers une simplicité, une modération, une décroissance tout en étant capable de célébrer, de partager, de rire, de faire plaisir, de s'offrir des cadeaux, de danser, de tendre la main à des personnes d'horizons différents et de savoir regarder ce qu'on trouve beau en eux, malgré les différences !

On peut vouloir sortir de la société telle qu'elle est, néanmoins, il faudra bien composer avec cette société et tous ceux qui la composent. Reste à choisir si on amorce un changement par l'autoritarisme ou par l'enthousiasme, non ?

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