Secrets et fantômes de famille

Les secrets de famille et autres fantômes qui pèsent parfois sur plusieurs générations sont des thématiques qui me fascinent. 
Parfois, au détour de démarches personnelles dans un but de mieux-être (thérapies diverses, quête de soi, sophrologie...), nous découvrons dans nos lignées des nœuds. Secrets, non-dits, traumatismes, autant d'événements qui peuplent de nombreuses familles, impactent nos relations humaines.

L'un des premiers ouvrages qui m'a fascinée sur ces question est L'Autre fille, d'Annie Ernaux, lettre que l'auteur adresse à sa sœur aînée décédée, qu'elle n'a jamais connue, et dont l'existence a été tue par ses parents. 
J'y ai trouvé des clés pour dénouer certains mécanismes familiaux personnels que j'avais décelés peu avant cette lecture. Pas de secret sur ce point dans ma généalogie, mais un traumatisme, la perte d'une enfant. 

Sur des conseils extérieurs, j'ai visionné plus récemment le documentaire Carré 35, d'Eric Caravaca.
La thématique est proche : le réalisateur découvre tardivement qu'il a eu une sœur aînée, décédée avant sa naissance. Il creuse l'histoire familiale, se heurte au déni et au traumatisme de ses parents, au rapport très complexe de sa mère à la mort, mais finit par percer le secret. 
Ce documentaire m'a donné la chair de poule. Je l'ai trouvé extrêmement fort, néanmoins le réalisateur fait preuve de beaucoup de pudeur. Les images de fin sont d'une grande beauté et m'ont émue aux larmes.
Je vous le conseille si ces questions vous intéressent.


Et puis au "hasard" d'un rayon de bouquinerie, je suis tombée sur un ouvrage d'Irène Frain, La fille à histoires.
Ce texte autobiographique revient sur un non-dit de l'enfance de l'auteur : le choix de son prénom et le contexte de sa naissance, directement liés à un dysfonctionnement dans le couple parental, qui amènera la mère à se montrer extrêmement distante avec sa fille.
J'ai trouvé chez Irène Frain un contexte et un style proches de ce que peut écrire Annie Ernaux. J'ai apprécié la façon dont est analysée la relation mère-fille, j'y ai perçu une grande justesse et une volonté profonde de l'auteur de comprendre, avec ce que permet de distanciation l'écriture. 

D'aucuns trouveront sûrement que nous nous posons trop de question, nous, ces émissaires du dévoilement. Je suis en ce qui me concerne persuadée que comprendre les traumatismes de sa propre lignée est une démarche, certes douloureuse, mais extrêmement bénéfique pour la construction personnelle. 

Je citerai cet extrait de La fille à histoires

"J'aurais dû le savoir : dans les familles, il est toujours du passé qui ne passe pas. Mais puisqu'il doit absolument passer, la vérité, de très longue date, part en quête d'émissaires et c'est toujours au sein de la tribu qu'elle les trouve. Ceux qu'elle a choisis ne peuvent se dérober à leur mission : chercher et chercher. Jusqu'à ce qu'ils trouvent, en trouvant les mots. Alors ils les disent, ces mots. Ou les écrivent. 
C'est tombé sur moi. "


Ma prochaine lecture sur ce thème sera certainement Aïe mes aïeux, d'Anne Ancelin Schützenberger: un bestseller qui traite des secrets de famille et de la psychogénéalogie. 

J'aimerais également me pencher sérieusement sur le génogramme (technique graphique basée sur la représentation et l'analyse de l'arbre généalogique pour travailler sur la structure familiale) et plus généralement les constellations familiales. Vaste sujet, vaste programme !

Commentaires

  1. Vaste sujet en effet! Les secrets de famille ont un impact vertigineux sur nos vies, Comme une toile d'araignée qui viendrait s'accrocher à tous les recoins de notre existence et de notre inconscient. On met du temps avant de comprendre le rôle central qu'un secret joue dans nos choix ou non-choix, nos blocages, nos peurs et, de façon plus importante encore, sur le développement parfois biaisé de notre personnalité. Comment être soi-même où même savoir qui l'on est si nous nous sommes construit sur une réalité tronquée et que l'on a parfois grandit en essayant inconsciemment de protéger le secret et ses détenteurs, donc cette réalité tronquée (puisqu'il est bien démontré que les enfants SAVENT d'une manière où d'une autre qu'on leur cache quelque chose..) Vertigineux, je le disais... Les ouvrages de Serge Tisseron à ce sujet sont aussi très intéressants.

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    1. Bonjour Julie, merci pour ce précieux commentaire et pour le référence que je ne connais pas, je vais aller creuser de ce côté. Vous avez l'air d'avoir beaucoup étudié la question, avez-vous d'autres lectures/ressources à me conseiller ?

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    2. J'ai effectivement beaucoup étudié la question car c'est un sujet qui me touche personnellement. Ce que j'en sais est donc avant tout tiré d'une introspection et d'un travail thérapeutique. Quant aux ressources, j'ai essentiellement lu Tisseron, Schützenberger que vous citez et quelques articles scientifiques sur Internet (notamment sur le site Cairn, mais je n'ai plus les références exactes)
      Je vais quant à moi me pencher sur le film d'Eric Caravaca que je ne connais pas.

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  2. Merci pour cet article très intéressant et ces excellentes suggestions de lecture. Carré 35 fait partie des films que je veux absolument voir. Il en est des familles comme des peuples : le poids de l'histoire impacte considérablement nos comportements, durant des décennies voire des siècles.
    J'ai assisté à une série de conférences ayant pour thème le rôle des thérapies familiales dans le soin des enfants "à problème", c'est fou ce que les enfants comprennent et assimilent, même si rien n'est dit. L'enfant manifeste par son comportement un problème familial qui ne le concerne pas, mais qui ressort grâce à lui. Les secrets suintent et transpirent.

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  3. Merci pour ces jolis conseils... En ce moment je suis sur instagram l'autrice Elise Thiébaut ( https://www.instagram.com/elise_thiebaut/) qui partage des bribes d'histoire familiale avec de très beaux textes. Souvent, le passage de l'enfance à l'adolescence est aussi marqué par la prise de conscience de ces complexités familiales (parfois les prises de conscience arrivent bien plus tôt quand c'est particulièrement douloureux...), par le fait de réaliser qu'il y a sans doute des passés difficiles qui ont un impact sur ce qu'on vit ici et maintenant...

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    1. Merci pour le lien que je vais aller consulter avec intérêt !

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  4. C'est une thématique qui me fascine également, parce qu'elle me touche directement. Il y a (au moins) un secret dans chacune des branches de ma famille. L'un d'entre eux a finit par éclater au grand jour. Il a fait beaucoup de dégâts et continue d'en faire.

    L'autre est un "demi-secret", si je puis dire. Mais un grand traumatisme, ça, c'est sûr. Il m'impacte énormément alors qu'il date de la génération de mes grands-parents. Il est comme un séisme et moi je suis un berge qui reçoit les vagues sans rien comprendre, depuis que je suis petite.

    J'irai me renseigner sur ces ouvrages et ce film. Pour ma part, j'ai lu tous les articles de Rue89 à ce sujet (ils ont fait un genre de série d'articles dans laquelle des lecteurs viennent raconter le secret qu'ils ont découvert dans leur famille : c'est souvent vertigineux). J'ai lu aussi Delphine de Vigan, Rien ne s'oppose à la nuit, qui m'a beaucoup touché car les deux secrets/traumatismes sont les mêmes que les nôtres ... Et les conséquences les mêmes également. Comme quoi.

    Merci !

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