Quand s'en ira la peur, de Manon Lecor

Si vous suivez l'univers du blogging de près, vous connaissez sans doute Manon Lecor, du blog du même nom (anciennement Manon Anchor).

Manon est une jeune femme de 30 ans, bretonne (sa région a un sacré capital sympathie ces derniers temps),  Quand s'en ira la peur est son premier roman. Elle fait partie des blogueuses dont je suis l'évolution depuis plusieurs années. Et j'ai été agréablement surprise par le virage qu'a pris son blog. Autrefois, Manon publiait des "looks" de blogueuse mode, mais elle est aujourd'hui sensible aux questions environnementales et s'est engagée dans une démarche plus responsable et éthique (achats de seconde main, minimalisme, zéro déchet...). Son style a d'ailleurs radicalement changé, je la trouve plus naturelle, plus simple, moins conformiste, avec un style qui lui est propre. On sent qu'elle est sortie de l'injonction de plaire à tout le monde pour se mettre en harmonie avec elle-même.


J'ai eu envie d'acheter son roman parce que soutenir une jeune auteur qui publie chez un petit éditeur fait vraiment sens pour moi. J'ai été agréablement surprise par l'engagement éthique des éditions Cédalion, qui ont publié son texte. Le livre est conçu et fabriqué en France, par ailleurs, l'éditeur ne vend pas sur Amazon et privilégie une boutique en ligne qui paie ses impôts en France. Je dis bravo ! La démarche est courageuse.

Dans son roman, Manon Lecor nous emmène au plus près du personnage de Gabrielle, jeune femme de 26 ans qui fait un burn out. Sa vie à Paris, où elle a effectué des études en communication et décroché un super job, n'est peut-être pas si parfaite que sur le papier. Son corps lui envoie un gros message de rappel à l'ordre. S'en suit une très grosse remise en question pour la jeune femme : et s'il était temps de se demander ce qu'elle veut vraiment faire de sa vie ?

L'écriture de Manon est simple, très fluide. Le roman se lit très facilement, sans longueurs. 

Les lecteurs pointus n'y trouveront sans doute pas leur compte, j'ai moi-même eu quelques craintes quant au style au début de ma lecture. 
Malgré tout je me suis laissée emporter par le sujet, cette question du rapport au travail et à l'attente sociale des jeunes autour de la trentaine. J'y ai trouvé un fort pouvoir d'identification, je me suis reconnue dans beaucoup de passages. 
Finalement, pour moi, il ressort de ce texte qu'une écriture simple était adéquate : ce récit à la première personne revêt une forme qui colle bien avec l'esprit de ce qui pourrait être un journal de bord.

Ce livre résonne en moi et me remet devant la nécessité de m'interroger sur ma propre vie professionnelle. 
La problématique de la peur, notamment, omniprésente dans le cheminement de Gabrielle, est aussi très présente dans ma vie. Que de choix ou de non-choix faits par peur !

Le roman se termine à la façon d'un bon feel good book, il comporte la part de rêve, néanmoins réaliste, qui exhorte à se sortir de l'immobilité pour faire bouger les lignes de nos propres vies !

Crédit photo : Manon Lecor


Je n'en dirai pas beaucoup plus mais je vous laisse avec quelques extraits qui m'ont touchée :

"Je pense qu'il y a un manque de confiance en vous qui est palpable et vous vous mettez une pression telle que le vase déborde. Mais vous avez tort. Ce n'est pas que vous n'êtes pas à la hauteur, vous êtes trop à la hauteur. Vous comprenez la nuance ?"

"Tout devient prétexte à de nouvelles peurs : je ne veux pas quitter mon travail, car j'ai peur d'être pauvre [...]. J'ai peur de tomber malade, j'ai peur de faire ce dont j'ai envie, j'ai peur de regretter. Et surtout, j'ai toujours autant peur d'être folle et de ne pas être normale, car ma situation devrait combler de joie n'importe quelle diplômée en communication ou en marketing. "

"Même si tout ceci est étrange, voire pervers compte tenu de mon état, je ne peux pas refuser une telle augmentation, je ne peux pas quitter mon travail comme ça. La culpabilité ne tarde pas non plus à faire son entrée. Il est si difficile aujourd'hui de trouver un emploi. Les semaines recommencent à se suivre, comme avant, les mêmes horaires interminables. Cette augmentation gonfle mon compte en banque, mais elle commence aussi à me gonfler."

"Tu veux tellement que tout se passe bien et que tout le monde t'aime que tu t'oublies complètement. Je ne sais pas pourquoi tu es prête à t'effacer pour le soi-disant bonheur des autres, mais une chose est sûre ce n'est pas bon pour toi."

"Ce que j'aime : la liberté !
Ce que je n'aime pas : la hiérarchie, les horaires, tout ce qui va avec la vie de salarié, je ne veux plus être sous contrat avec quelqu'un à durée indéterminée. Ce terme est censé être rassurant aux yeux de la société, mais ça ne laisse aucune place à la spontanéité, aucune échéance. A la vie, à la mort et si tu veux partir et bien c'est comme quitter un homme fidèle qui t'a nourri, ça ne se fait pas. 
Foutaise !
C'est tout ce que je crains encore une fois : le confort, ce bon petit confort pervers qui t'assoit dans un fauteuil, allume la télévision devant toi et te laisse t'abrutir jusqu'à la fin. Vivement la retraite !"

"Et si ces "belles vacances" sont finalement une vie que je souhaite épouser, là, maintenant. Sans me demander si dans cinq ans, j'aurai un métier stable, si dans dix ans, j'aurai les deux enfants, si dans quinze ans, j'aurai l'amant qui me fera vibrer dans un mariage absent, si dans le futur je vais être heureuse et dans la norme comme on l'entend aujourd'hui trop souvent."

"Aujourd'hui, ma voie est loin d'être tracée et ma vie n'a rien de stable, mais je sais qui je suis et vers quoi je veux aller."


Pour terminer, je note que cette lecture tombe à pic puisque dans quelques semaines, j'assisterai au spectacle de la Compagnie Noutique à Droit de Cité, un spectacle sur la question du travail chez les 25-30 ans. Je fais partie des contributeurs au projet Daydream, je vous en parlais ici
Si vous êtes dans le Nord-Pas-de-Calais et que cette question vous titille, je vous invite à venir assister au spectacle : Lien de l'événement.

Crédit photo : Marie-Clémence David

Commentaires

  1. Le sujet plus ces quelques extraits donnent envie de découvrir ce roman. J'aime soutenir les jeunes auteurs.
    Merci pour le partage.

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