La tête dans le frigidaire

10 janvier. 
Mon roman sort officiellement dans les librairies. 

De mon côté, je n'ai pas encore eu le livre entre les mains. Nous sommes jeudi, une longue journée de travail m'attend dans mon "vrai métier", celui qui, en tout cas, permet pour le moment de payer les factures.
Je pars de la maison à 6 heures, je rentrerai vers 20 heures. La pause méridienne, trop courte, ne me permettra pas d'aller en librairie voir "si j'y suis".

Je reçois des messages de proches, des messages adorables, des messages enflammés ! Je suis très heureuse d'être entourée de personnes si attentionnées.

Alors que je passe ma journée à faire la promotion de formations (c'est mon travail), je découvre grâce à un ami que ma dédicace de janvier est annoncée par une grande affiche à l'entrée d'une librairie en ville. Oh ! C'est parti, l'aventure commence.

On me demande de tout côté comment j'ai vécu ce grand jour : je l'ai vécu comme une journée de travail ordinaire.
Je ne peux pas le nier, je ressens un certain décalage entre leur fort enthousiasme et ma réalité.

Pour autant, est-ce que cela fait de moi une personne incapable de se réjouir ?
Absolument pas ! 

Ce n'est pas parce que je ne saute pas au plafond que je ne suis pas contente, fière, ou heureuse. 
Fière, je le suis : j'ai mené à terme mon projet d'écriture et il a trouvé un éditeur. C'est une réussite après laquelle courent beaucoup de gens, j'en suis consciente. 
Contente, heureuse, je le suis aussi, bien sûr.
Cette modération dont je fais preuve n'est pas non plus le signe d'une faible confiance en moi ou d'une fausse modestie. 

En réalité, je garde la tête sur les épaules.
Non, ce n'est pas une consécration que de voir mon nom sur une affiche en librairie. 
Je ne prétends pas concourir pour le Goncourt,  ni avoir écrit un quelconque chef d’œuvre. Ce livre ne fait pas de moi "quelqu'un". Je suis la même qu'hier, et je ne compte pas prendre un melon qui serait ridicule.

Je garde la tête dans le frigidaire ! Je sème des petit cailloux, ne les prenons pas pour des menhirs.
(Public Domain)

Pour moi, la parution du livre n'est que le début de l'aventure. Tout est à faire. 
Donner envie aux libraires de le proposer dans leurs rayons. De m'accueillir en dédicaces.
Donner envie aux gens de le lire, surtout !

Oui, l'aventure commence seulement. Vous allez peut-être dépenser 18 euros pour l'avoir entre les mains. Et je n'ai pas envie que vous soyez déçus ! Je suis curieuse de connaître vos impressions. J'ai hâte que mes personnages prennent de nouveaux visages dans vos imaginations, qu'ils s'animent dans vos esprits, qu'ils fassent un peu partie de vos vies et, qui sait, qu'ils vous apportent quelque chose.

Le héros, c'est le livre, pas moi.

Les réactions diverses, suite à l'article de presse qui m'a été consacré (dans un journal local, ne nous emballons pas trop), notamment, me font prendre la mesure de la "représentation" que se font les gens de l'écrivain (et du fait d'avoir sa photo dans le journal).
On me dit : "Ouah, la star !". Parce qu'on associe l'écriture à une forme de notoriété. Écrire un livre est un projet qui peut faire rêver, si bien que certains y projettent alors leur rêve non réalisé ou leur envie.
C'est oublier que les auteurs qui vivent de leur plume sont une denrée rare, et que la plupart des noms que vous voyez sur les couvertures des livres appartiennent à de parfaits inconnus du grand public.

Le parti que je prends, c'est qu'écrire pour la reconnaissance est une gageure.
A mon sens, écrire pour être célèbre, connu ou reconnu, c'est écrire pour une mauvaise raison. Je ne crois pas que la publication d'un livre doive servir à combler les failles de notre ego. C'est un piège trop grossier.

Ce piège, j'aurais pu tomber dedans il y a deux ou trois ans. Je croyais peu en moi, j'avais une estime personnelle faiblarde. Peut-être des choses à me prouver. Fort heureusement, j'ai parcouru du chemin depuis cette époque.

Ce roman est le fruit d'un travail que j'ai fourni, c'est une production. 
Peut-être qu'il vous plaira, peut-être pas. 
Il est réellement dissocié dans mon esprit de ma personne, et de ma valeur en tant que personne.
Qu'il fasse un flop ou qu'il devienne un succès, cela ne change pas qui je suis, vous ne croyez pas ?

Évidemment, j'aimerais pouvoir faire de l'écriture mon métier, un jour, peut-être. Mais certainement pas pour devenir célèbre. Écrire en toute humilité. Simplement pour avoir le plaisir de consacrer mon temps à un travail qui fait sens pour moi, qui m'enrichit humainement, qui apporte aux autres. C'est un objectif ambitieux, difficile à atteindre, qui me poussera sans doute à me dépasser moi-même.

Publier un livre est une très belle expérience, un projet également très formateur sur de nombreux plans. Je suis extrêmement heureuse de m'être donné les moyens de vivre cette expérience. Car ce n'est pas qu'une question de chance. C'est une question d'oser, de travailler, de sacrifier du temps en famille pour s'isoler, de faire des choix, entre autres.

Bref, l'aventure commence, je la souhaite belle et longue, simple et sincère.

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