Les jardins secrets

Deux enfants qui se balancent sous la branche d'un noyer, par un samedi ensoleillé. Les herbes folles qui dansent au vent et le lierre qui habille les troncs, les feuilles larges qui bruissent à la façon d'ombrelles de papier.

La photo date de juin dernier dans un jardin associatif que je connais bien, je suis amusée de la retrouver aujourd'hui, alors que je referme la dernière page du roman Le jardin secret, de Frances Hodgson Burnett. 
Ce grand classique de la littérature de jeunesse anglaise du début du XXème siècle est très connu aujourd'hui encore, il a d'ailleurs été adapté en film, et c'est ainsi que pour ma part, je l'ai découvert enfant, grâce à une institutrice.



La jeune Mary, devenue orpheline aux Indes, est recueillie par son oncle dans une immense propriété en Angleterre. Elle qui était maigre et désagréable retrouve de la vigueur et se métamorphose en jardinant aux côtés de Dick, un jeune paysan de la lande. Elle investit secrètement le jardin caché de sa tante disparue et participe ainsi à la guérison de son cousin Daniel, enfant délaissé par son père et convaincu d'être infirme. C'est une très jolie fable sur l'enfance et les bienfaits de la nature, ainsi qu'une merveilleuse ode aux plantes et aux jardins sauvages.

L'imaginaire du jardin mystérieux est très présent en moi. Il a été nourri ces dernières années par la découverte d'un terrain, le jardin d'une maison abandonnée non loin de chez moi, où persiste un magnifique saule pleureur au milieu d'herbes hautes que longe une rivière. Ou encore par l'investissement dans le jardin participatif de notre association de transition, lui aussi un peu caché derrière des haies sauvages au beau milieu d'un terrain vague.

Il me semble néanmoins que ces deux lieux ne sont que la réactivation d'un vieil émerveillement, celui qui me chatouillait les sens, déjà, quand mon arrière-grand-mère m'emmenait au-delà de son potager, à l'ultime bout de parcelle où trônait fièrement le saule pleureur dont je cueillais quelques feuilles pour mes soupes et mes potions imaginaires. Ou encore le plaisir que deux amis et moi prenions à chercher des passages secrets dans les arbres à chaque espace vert que nous croisions au retour de l'école certains midis du CM2. Et avec eux la croyance que chaque portillon, que chaque entrelacement d'arbustes est une promesse, un passage vers un lieu secret, un espace réservé à quelques privilégiés, un endroit où nulle contrainte ne nous entrave. 

Des parcs ou des jardins luxuriants, un peu sauvages, j'en connais d'autres qui vivent dans les souvenirs de mes lectures plus ou moins lointaines, dans la géographie de ma mémoire. Les malheurs de Sophie, Alice au pays des merveilles, La Délicatesse... Aucun ne ressemble à quelques ares de gazon fraîchement tondu, non. Je vois des arbres et des buissons, des ronces et du liseron, des fleurs par clochettes et grappes qui ponctuent la verdure. Finalement, c'est assez naturellement qu'un jardin similaire, à la symbolique si forte, a pris place dans L'Aubépine

Outre la madeleine de Proust - et en parlant de Proust, il n'y a pas plus amoureux du végétal que cet auteur... - que la lecture du Jardin secret a représentée pour moi, j'ai été frappée par le caractère encore très actuel que ce texte revêt. Aujourd'hui plus que jamais, je suis persuadée que le contact avec la nature et le jardinage peuvent être de merveilleux alliés de guérison et d'épanouissement, tandis que les enfermements, réels ou symboliques sont nombreux. Combien d'entre nous, petits ou grands, sont enfermés entre quatre murs à longueur de semaines ? Combien s'isolent dans une vie de plus en plus virtuelle, vécue par écrans interposés ? 
Rien de tel qu'un bon bain de nature, (ou bain de forêt, comme le nomment les japonais) pour se sentir vivant !


Commentaires

  1. Je ne connaissais pas ce livre, tu m'as donné envie de le découvrir avec mon fils - j'attends un peu, il a juste trois ans. Comme toi je porte en moi des jardins imaginaires qui sentent la mousse et les fougères. Etre dehors dès que possible me permet de les retrouver.

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    1. Oui, trois ans c'est peut-être encore un peu juste, mais ce sera pour bientôt. Ici la puce a 4 ans et demi et aime beaucoup. Je me demande néanmoins si le roman n'a pas été adapté en album !

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