Il y a des fleurs partout pour qui veut bien les voir *

(*Henri Matisse)


Le soleil rasant douche ses cheveux, l'enveloppe d'une caresse tiède, à la façon de bras consolants. Elle allonge le pas, l'accorde au galop de son cœur. 
Chaque foulée est un saut vers l'instant d'après, derrière ne reste que la poussière. 
Immense platitude.

L'eau qu'elle longe, miroir parsemé de frissons, n'a de canal que le nom.
C'est un bras mort,
une voie sans issue, un cul de sac pour pensées flétries, projets perdus, rêves errants. 
Seuls des arbres nus le bordent, ils griffent sa couche rase de leurs branches sinueuses, cassantes, rêches comme le sol caillouteux qui porte les promeneurs.

Et puis tel une promesse, le garde fou se dresse, fragile à l'horizon. 
Balustrade en béton rongée par le lichen, barrière géométrique qui garde du plongeon,
qui retient sur la terre les peines alanguies, et offre un belvédère aux errants satisfaits.

Alors, le sol toujours est gris,
usé par les regards des marcheurs automates.
Sur les bords du chemin ne pousse que l'herbe rousse qui n'appelle aucun œil. 
La fille se laisse tomber, ancre son corps terrestre pour rincer sa pensée
au reflet du flot calme. 
Glissant les mains dans la verdure, elle découvre le secret des herbes cachotières. 
Des véroniques enlacées par les trèfles sourient en un murmure. 
Le tussilage, timide, se déploie rayonnant, en un soleil infime qui ne s'offre qu'aux curieux. 
 
Partout il y a fleurs, pour qui veut bien les voir. 
Elle fleurissent à l'épaule des chercheurs de miroirs.

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