(Discr)éditeur ?

L'ouvrage dormait depuis deux mois dans ma bibliothèque. J'en ai fait l'acquisition sur un salon du livre, auprès d'un petit éditeur régional.
La quatrième de couverture évoquait une histoire qui ressemblait un peu à celle que j'avais écrite, j'étais enthousiaste, entre la curiosité et l'envie de soutenir une jeune auteure de ma région.

Ce livre, je ne vous en parlerai pas. Je ne citerai ni son titre, ni son auteure. 

Ce livre, je ne l'ai pas terminé, fatiguée par les fautes dont il est cousu.

Chaque page cornée sur cette photo indique une faute. Parfois, je n'ai pas eu assez de deux coins pour les compter.

Lire ce livre m'a mise en colère. Mais ma colère n'est pas vraiment celle de la lectrice qui a injecté 8 euros dans un objet culturel qui n'est pas à la hauteur de ses attentes.
Ma colère relève plutôt d'une empathie pour l'auteure de ce roman.

Le texte en lui même, en tant que narration, n'est pas mauvais, loin s'en faut. Dommage, je suis passée complètement à côté de ce qu'il avait à me raconter. Néanmoins, une chose est sûre, il est révélateur du peu de travail éditorial dont il a bénéficié. A force de trouver des fautes, on ne voit plus que cela, on en oublie le fond.

Quand un roman édité affiche trois fois en deux pages "elle ria" (on est d'accord que le passé simple de rire, c'est "elle rit"), à de multiples reprises "de plus bel" au lieu de "de plus belle", ou encore "il ne sait rien passé", ça m'interpelle !

Qu'il reste de rares coquilles dans un texte, on peut le comprendre. J'en ai trouvé deux dans un livre publié cette année chez Fayard, c'est de l'ordre du résidu, dirons-nous. La marge d'erreur humaine.

Qu'il y ait une erreur toutes les deux pages en revanche n'est absolument par normal.

Si cette expérience me met particulièrement en colère, c'est parce qu'elle me semble assez révélatrice d'un travers fréquent dans le monde du livre ces dernières années : de multiples petits éditeurs apparaissent, portés par de belles envies, mais bon nombre d'entre eux n'ont pas les compétences, ou pas les moyens, de fournir un réel travail éditorial sur un texte. 

Éditer un texte, ce n'est pas seulement le commercialiser ou en faire la promotion ! 
Ce n'est pas juste imprimer, mettre un logo sur un bouquin et en tirer le plus d'argent possible!
Chaque auteur a besoin d'un réel regard sur son travail, un regard extérieur et professionnel qui permette une réelle correction (tout le monde laisse des erreurs dans son texte), mais aussi un regard littéraire, et ce d'autant plus qu'il cède ses droits, ne l'oublions pas, à son éditeur. On n'édite pas des livres comme on vendrait des chaussures, je suis désolée. 
La réalité, c'est qu'avant d'avoir les pieds dedans, on n'a aucune prise sur la manière dont l'aventure va se passer. Une fois qu'on est dans la barque, on n'a plus qu'à se taire et à se contenter de ce qu'on nous impose.

Je me mets à la place de l'auteure : sans doute a-t-elle passé des heures et des heures à travailler sur un texte où elle a placé beaucoup d'elle même. Comment défendre un livre rempli de coquilles ? Quel crédit un éditeur auquel elle proposerait un autre manuscrit lui accorderait-il ? Discréditer un auteur, c'est finalement très facile.

Un autre cas a attiré mon attention ces derniers jours.

Peut-être connaissez-vous le blog "Camille se lance" ? Sa rédactrice, Camille Ratia a publié un guide pratique : Le zéro déchet, dont la couverture mentionne, dans une petite bulle "Objectif zéro plastique".
Camille a eu la mauvaise surprise de recevoir des photos via les réseaux sociaux (tout savoir ici) : son livre a été adapté aux éditions France Loisirs sans qu'elle en soit informée, et cette version est proposée sous blister... plastique ! Elle se retrouve donc avec un ouvrage prônant le zéro plastique emballé dans du plastique. 
Comment discréditer une auteure, son ouvrage et sa démarche en un clin d’œil...

Quand on sait comment est réparti l'argent tiré de la vente des livres, c'est assez scandaleux. Ce que vous lisez est le travail d'un auteur, en majeure partie. Un travail de plusieurs mois, parfois plusieurs années. Un travail de création. Or l'auteur est le plus lésé lors du partage du gâteau, sans compter qu'il touche rarement son argent dans les temps.

Je vous invite à consulter ce petit diagramme tout droit tiré sur site du ministère de la Culture :

SOURCE : ministère de la culture

C'était important pour moi de soulever ce sujet. 

Éditeur, ce serait bien que ça reste un métier.

Commentaires

  1. C'est scandaleux. Dans les deux cas.
    Il m'est arrivé également de lire des livres avec des fautes partout - au bout d'un moment c'est épuisant et ça gâche la lecture.
    Éditeur est en effet un vrai métier, qui ne s'improvise pas. Agir d'un telle façon c'est vraiment manquer de respect au travail réalisé par l'auteur.
    Merci d'en parler.

    RépondreSupprimer
  2. En qualité d'éditeur, je ne peux que me féliciter que quelqu'un ose enfin aborder ce sujet. Car trop nombreux sont ces pseudo-confrères qui ne font en réalité qu'une seule chose : de l'impression, et non de l'édition. Editer un livre demande du travail (beaucoup) et des moyens. Mais les retours sont malheureusement souvent décevants : pour 10 ouvrages sur lesquels un éditeur a passé ses jours et ses nuits, seuls deux ou trois lui permettront de seulement rentrer dans ses frais. Alors certains choisissent la facilité. Etant personnellement devenu éditeur avant tout par amour de la lecture, lire des ouvrages qui sont seulement imprimés, mais ni corrigés, ni lus (souvent) me scandalise tout autant que vous. Et hélas, même de "gros" éditeurs se laissent également aller... J'ai récemment entamé "Pharaon", de W. Smith, aux Presses de la Cité : les ouvrages que j'avais lus de cet auteur étaient assez bons. Pour celui-ci, l'éditeur a semble-t-il simplement confié le travail au traducteur... sans que personne ne l'ait relu après traduction. Ce qui donne un résultat pitoyable, au préjudice de notre beau métier.

    RépondreSupprimer

Enregistrer un commentaire