Le pouvoir de la parole

Et si les mots n'étaient jamais des paroles en l'air ?

Je serais curieuse de savoir combien d'heures on peut passer, dans une vie, à parler. Sans doute beaucoup trop pour ne rien dire, je le concède.

"Y a plus de saison, ma petite dame",
"La cafetière italienne, ça fait quand même du meilleur café qu'une cafetière à filtre"
"Ce midi c'était de la purée à la cantine"
"Pourquoi c'est jaune, une banane?"
"Catherine Laborde a 67 ans ? Attends, je vérifie sur Google !" (Ne vérifiez pas, elle a 67 ans.)

Sans doute beaucoup trop à dire du mal. Aussi.

"Non mais t'as vu ses cheveux ?"
"Connard, les clignotants, c'est pas pour les chiens."
"La poste était encore ouverte à 16 heures ? Il va neiger. "
"Je ne repasse plus les t-shirts de mon mari : le lendemain, toutes ses affaires sont en boule dans le placard."
"Donne-moi le tournevis, Odette, l'étagère va se casser la gueule si c'est une bonne femme qui la fixe."
"Arrête de chanter, il va pleuvoir !"

Je suis certaine que tout le monde peut se retrouver au moins dans l'une de ces phrases. C'est comme si, parfois, on avait une diarrhée verbale. Un flot incontrôlé. On débite, on débite. Des jugements, des clichés, du vent, comme on découpe du petit bois. C'est tellement, mais alors TELLEMENT facile, tandis que complimenter les gens nous met au contraire dans l'embarras bien des fois.

Je trouve l'idée intéressante de se poser cinq minutes pour analyser notre flot de paroles. Pour réfléchir, aussi, à ces phrases qu'on a parfois reçues comme des gifles par le passé.

Je ne peux m'empêcher de penser aux 4 accords toltèques, de Miguel Ruiz. Ce best seller des années quatre-vingt-dix est un livre de développement personnel qui édicte des grandes lignes de conduite pour améliorer nos vies et sortir des conditionnements dans lesquels nous vivons sans nous en apercevoir.

L'un des ces accords concerne directement notre parole : "Que votre parole soit impeccable".
source : pixabay

Depuis toujours, la parole est performative, c'est à dire qu'elle équivaut à un acte.
Par exemple, quand on dit "je le jure" au tribunal, la parole fait acte de serment. Il en va de même pour le "Oui" du mariage ou le fameux "Je vous déclare mari et femme".
La puissance de la parole est très ancrée dans les pratiques religieuses et spirituelles, puisque la prière est mots. De même, les coupeurs de feu et autre rebouteux accompagnent leurs gestes de mots.
Le mot fée lui même vient de la racine latin "fa" qui signifie parole, puisque la fée est celle qui jette des sorts par la formule magique. 

Hélas, la parole s'avère aussi destructrice dans cette dimension performative. Dire à quelqu'un qu'il n'est qu'un bon à rien donne rarement des résultats probants sur l'évolution dudit individu. Les surnoms péjoratifs collent souvent à la peau des gens qui en souffrent et qui finissent par se définir selon ces étiquettes terribles.

Dans mon chemin d'introspection, j'ai prêté - et prête encore - beaucoup d'attention à la force de l'intention et à la visualisation positive. Et là encore, ça peut paraître naïf, mais penser positif, écrire des intentions, se nourrir d'affirmations positives, ça fonctionne. Dans cette démarche, il s'agit de placer son énergie dans la transformation positive, d'alimenter des schémas de pensée qui font du bien, de focaliser sur le bon. Aussi étrange que cela puisse paraître, ce mode de pensée a du pouvoir. Tandis que brasser du négatif, broyer du noir, n'apportent rien, les mots positifs créent du changement.

L'anecdote des deux loups est assez connue et je l'utilise souvent avec les enfants. Nous avons tous deux loups en nous, un loup de l'amour et un loup de la colère. Le loup qui gagne, c'est celui qu'on nourrit. 

Comme chacun, je n'ai pas toujours été exemplaire par mes mots. Comprendre que ce qu'on dit des autres révèle souvent ce qu'on pense de nous-mêmes m'a fait avancer.  La bienveillance passe d'abord par soi, au bout du compte. C'est une voie formatrice.

Pas après pas, cette voie de communication me permet de limiter les jugements hâtifs. Sans pour autant tout tolérer des autres, car poser des limites reste un fonctionnement sain, il est parfois bon, je trouve, d'arrêter d'estampiller les personnes comme hostiles à la moindre contrariété. La différence ne signifie pas nécessairement hostilité. La diversité reste une richesse. 

Bref, c'est la traditionnelle histoire du verre à moitié plein.

Je partage avec vous une petite illustration que je trouve assez chouette :


Que cette petite graine de réflexion puisse vous apporter un peu de lumière et de recul sur cette parole dont on use parfois à tort et à travers alors qu'on peut réellement en faire un outil magique.

Commentaires

  1. "Que votre parole soit impeccable." C'est une phrase qui m'a marquée et que je me répète souvent. Je parle peu. J'utilise - il me semble - bien ma parole, la majorité du temps.

    Mais le défaut que j'ai, c'est le mensonge. Quand je ne souhaite pas dévoiler quelque chose à quelqu'un, plutôt que de lui dire simplement ça, j'invente autre chose pour satisfaire sa curiosité. Je ne sais pas pourquoi (enfin si, un peu). Ou bien je mens parce que je n'ose pas dire non.

    Parfois je parle mal, ça nous est arrivé à tous. Mais dorénavant je me recadre. Je me fais immédiatement la réflexion que je ne devrais pas. Ca ne veut pas dire que je n'exprime pas ce qui ne va pas. Mais que je fais attention car je sais que la pensée et la parole sont de puissants créateurs. Ce qu'on pense et ce qu'on dit se transforme matériellement.

    C'est un vrai pouvoir, dans tous les sens du terme. Ainsi, je suis tout à fait d'accord avec ce que tu énonces.

    C'est un exercice quotidien, mais il fonctionne VRAIMENT. Pour Soi, et pour les autres.

    RépondreSupprimer
  2. Très bel article. Depuis que je fais attention - un peu plus - à mes mots, je me rends compte en effet qu'on ne se rend pas toujours compte de ce qu'on dit. Cela sort tout seul et parfois le résultat est catastrophique.
    Je te rejoins sur la pensée positive et les mots positifs en général. Ils sont créateurs de beau.
    Parler moins peut-être et parler mieux. Se poser avant d'énoncer. Être capable aussi de se remettre en question.
    Merci beaucoup!

    RépondreSupprimer
  3. Ah, les mots qu'on prononce… moi aussi je suis quelqu'un qui parle peu mais je suis (j'étais ?) capable de me lâcher, notamment en voiture (je roule beaucoup), capable aussi d'exploser et je me suis aperçue que j'étais assez douée pour trouver les mots bien blessants et percutants. Mais ça, c'était avant :o)) Depuis quelques temps j'ai conscience de la force et de la portée des mots, sur les autres mais également sur soi, le mal (ou le bien) est le même, les mots, la moindre pensée même, vibrent et résonnent, il vaut mieux le savoir. J'essaie maintenant, je prends du recul avant de laisser sortir les mots de ma bouche. Et ça me fait beaucoup de bien ! Et aussi je me dis que je suis chanceuse de me rendre compte de ça, il y a tellement de gens qui n'en ont pas le moindre soupçon… Merci pour cet excellent article.

    RépondreSupprimer

Enregistrer un commentaire