Notre transition #2019

En cette journée de manifestation contre le réchauffement climatique, je reprends symboliquement la plume pour aborder la question de notre transition familiale.

Quand j'ai lancé ce blog au début de l'année 2016, ce sujet était au cœur de mes préoccupations. Nous avons commencé à amorcer des changements réellement significatifs dans notre vie de famille courant 2015, entrant en transition par le biais du zéro déchet. Depuis, il y a eu les bonds de géant générés par l'enthousiasme des débuts, il y a eu par ailleurs les petits pas mis bout à bout, qui font que nous avançons. Pas toujours aussi vite ou aussi loin que nous le voudrions, c'est vrai.

Quand je dis "tu fais quoi pour le climat", je pense surtout "je fais quoi pour que mes enfants ne connaissent pas la fin de l'humanité?".
Au diable les donneurs de leçons.

La transition, c'est difficile. 

Faire sa lessive soi-même, acheter bio, etc., je vous le concède, c'est plutôt facile. C'est la partie émergée de l'iceberg. La part du colibri, peut-être, la bonne conscience, souvent.  

Mais la transition, le changement réel de paradigme et surtout la cohérence, c'est difficile car la société (économique, politique, ...) va en majorité dans le sens inverse. Il n'y a qu'à mettre un pied dans un hypermarché pour comprendre : ce sont les temples de l'inutile, du plastique, du chimique, du gadget, du toxique, du commercial, du conformisme...

Aller à contre-courant, c'est inconfortable, ça demande des efforts, et ça suppose d'assumer une certaine différence.

Soyons francs, certains choix plus écologiques, ont un coût : un coût financier, un coût en temps aussi.
Trop souvent, on galvaude complètement l'écologie pour en faire un concept de bobo qui se donne bonne conscience. Alors, changer, ça demande de se remettre en question très souvent, de s'efforcer d'envisager les choses dans leur globalité, de sortir de sa zone de confort, d'intégrer que c'est un chemin long et tortueux.


Quelles sont nos habitudes de vie aujourd'hui ?


Cuisine et salle de bain : alimentation, déchets et hygiène

Nous avons diminué considérablement le volume de notre poubelle d'ordures ménagères grâce au compost et grâce à une plus grande attention portée sur l'emballage qui entoure ce qu'on achète. 
On traque le jetable, surtout lors d'événements, de fêtes, de sorties...

Quand nous le pouvons, nous achetons en vrac les produits alimentaires secs. Sur le plan alimentaire, l'achat en vrac a un peu régressé chez nous car entre notre organisation hebdomadaire et la limitation de nos trajets, nous avons un peu ajusté nos lieux de courses. L'offre de vrac plus proche de chez nous est moins large, néanmoins, elle nous évite de prendre la voiture. Ceci nous paraît plus cohérent. 

Les aliments type plats préparés industriels sont devenus rarissimes. Le congélateur ne sert qu'à la conservation de légumes, de plats faits maison, de compote, de soupe... Et le frigo est souvent à flux tendu ! 
On choisit dans la mesure du possible des produits bio et/ou locaux. La difficulté réside dans le fait de faire aimer certains aliments, certains légumes aux enfants, lesquels restent attirés par tout ce qui peut ressembler à du gras, du sucre, du chimique... Ce n'est pas faute de leur faire découvrir d'autres choses.  


Dans la salle de bain, nous avons nos habitudes en matière de savon et shampoing solide ainsi que de produits d'hygiène et de soin plus sains (huiles végétales, gel d'aloé véra, déodorant naturel...). Les petits objets durables ne nous déçoivent pas. Les produits d'entretien naturels (vinaigre blanc, bicarbonate, savon de marseille, acide citrique...) sont testés, approuvés, conseillés depuis longtemps.


Équipement, habillement

Les achats de seconde main sont devenus habituels pour les vêtements et chaussures, je les estime à 80% de nos achats dans ce domaine (j'achète neufs les sous-vêtements, les chaussures de sport, et certaines choses que je ne trouve pas d'occasion). L'objectif sera désormais de réduire l'envie d'acheter de nouveaux habits à chaque nouvelle saison, c'est mon bémol, ce qu'il me reste de cette habitude consumériste de renouveler régulièrement ma garde-robe.

Nous avons considérablement réduit, en l'espace de 4 ans, l'envie d'acheter des babioles et de renouveler la décoration de la maison. Savoir bricoler à la machine à coudre pour moi, avec des bouts de palettes pour monsieur, nous permet de changer des petites choses à la maison sans consommer du neuf, et avec le plaisir du fait-main.

En ce qui concerne objets culturels (livres, CD, films...), le troc, le prêt, la bouquinerie, la médiathèque, sont des moyens d'accès plus circulaires

Globalement, à la maison, on essaie de se débarrasser des objets et accessoires inutiles qui nous encombrent (les 38 moules à pâtisserie de formes différents qu'on n'utilise qu'une fois par an, etc). Le tri fait du bien, il nécessite aussi souvent de savoir dire non quand des gens veulent nous donner des choses dont ils n'ont plus besoin. 

Engagement social, autonomie, prise de pouvoir

La vie associative a aussi apporté un autre souffle à notre transition, avec une émulation liée à l'effet de groupe. Nous échangeons des astuces et des savoir-faire. Nous discutons de nos convictions. 

Le jardinage a désormais trouvé une place dans le quotidien (surtout dans celui de mon mari), doucement nous apprenons à faire pousser des petites choses dans le potager participatif de l'asso. J'ai également suivi cette année une formation sur le compostage qui était très instructive.

Je suis plus attirée pour ma part par les plantes médicinales : je me penche sur ces plantes communes mais souvent oubliées ou méprisées (ortie, pissenlit, pâquerette, mélisse, etc...), elles ont de multiples vertus, c'est un réel plaisir pour moi de réapprendre à utiliser ces alliées saines, à reprendre le pouvoir sur la gestion des petits bobos du quotidien

Nous avons changé de fournisseur d'électricité et sommes désormais chez Enercoop. 

Nous avons fêté les deux ans sans télévision. Adieu les publicités, adieu le temps perdu, adieu les actualités anxiogènes ou les programmes débilisants.

Nous voyageons peu (mais ça n'est pas nouveau) et refusons de prendre l'avion.

Quels engagements pour 2019 et après ?


Cette année, nous gardons le cap avec des petits pas, encore, vers le mieux-manger, le zéro déchet, le jardinage... et l'envie forte pour moi de me détacher encore un peu plus du regard des autres et du poids des apparences, qui m'amène parfois encore à céder à certaines pulsions d'achat ou de "comportement" (maquillage notamment).

Faire marche arrière n'est pas envisageable. Certes, sans être riches, nous avons suffisamment de moyens pour poursuivre dans cette voie. Avec un salaire en moins, ce serait une autre histoire sans doute, notre sobriété serait sûrement plus subie.

Je ressens un très fort besoin de cohérence, tout en ne souhaitant pas nous enfermer pour autant dans un extrémisme excluant. Je ne souhaite pas faire de mes enfants des marginaux. C'est un savant équilibre que de tenter de changer sans se mettre en retrait total de la société ni s'enfermer dans une espèce d'austérité. Cela suppose, je crois, d'assumer ses choix en restant tolérant envers les autres. Être le changement qu'on veut voir dans le monde, pour reprendre la célèbre expression de Gandhi, sans l'imposer autour de soi ni être dans le jugement vis à vis des autres.

Concrètement, mes trois gros axes de progression cette année sont la mobilité, les toilettes sèches et le "non-achat".

Se déplacer autrement

En matière de mobilité, nous sommes mauvais. Avec nos deux voitures, nos trajets domicile-travail quotidiens, nous ne sommes pas exemplaires pour deux sous. 
Nous vivons dans une ville moyenne (30 000 habitants), avec des services de proximité, et des infrastructures tout de même moins développées que dans les grosses villes. 

Pourtant, je travaille à 3 km de chez moi, c'est faisable en vélo, partiellement en bus aussi, si je fais des concessions en matière d'organisation familiale. 
Je suis déjà équipée d'un vélo, mais un peu timorée car le temps est souvent maussade ici. Je me penche donc sur l'abonnement de bus en complément, très bon marché et remboursé à 50% par l'employeur. 
La voiture m'a habituée à être libre de mes déplacements, à gagner 5 minutes et finalement à caser le plus d'activités possibles en un temps minimal, mais à quel prix ? 

Des actions menées par des associations comme l'ADAV (Association Droit au vélo) sur ma commune me font beaucoup réfléchir.
Je dois accepter avant tout d'être mieux organisée et d'être moins pressée par le temps. Bref, faire des choix !

Ce sera donc mon cheval (ou plutôt mon vélo) de bataille cette année !

Les toilettes sèches

Le sujet fait souvent grimacer. En réalité, ne grimacent que les gens qui n'ont jamais déposé leur petit cadeau dans la sciure, héhé !
Pour une famille de 4 personnes, les chasses d'eau représentent un gaspillage d'eau potable considérable, et quand on sait à quel point l'accès à l'eau est un sujet d'avenir sensible, ça commence à me rendre dingue. 
Installer des toilettes sèches chez soi, c'est finalement assez facile.
Il ne nous reste qu'à récupérer la sciure (le contact est déjà pris) et à planifier le bricolage.



Arrêter d'acheter, repenser le "besoin"

Pour reprendre l'exemple de l'habillement, arrêter d'acheter des vêtements neufs de fast-fashion pour privilégier la mode éthique et la seconde main me paraît de plus en plus être une gageure. 
(Sans compter que l'expression "mode éthique", ça relève de l'oxymore...)

Tout est incitation à l'achat dans ce monde occidental, ç'en est même usant ! Arrêter d'acheter, est-ce possible ? Oui, quand on n'en a pas les moyens, me direz-vous. 

Il y a tout le pendant social qui guide nos actes d'achats : quelle allure dois-je avoir dans mon environnement professionnel ? Ai-je envie d'être séduisante dans une belle robe pour booster ma confiance en moi ? Comment le vêtement, le modèle de voiture, le style de meuble nous définissent-il socialement ?

C'est un terrain à défricher, j'espère avancer sur ce point dans les mois qui viennent ! Cela suppose de se délester de fonctionnements et de croyances liés à notre ancien mode de vie, et c'est parfois beaucoup plus difficile que ça n'y paraît.

Heureusement, je sais déjà que je me sens beaucoup plus vivante quand je passe deux heures à marcher dans un bois habillée comme un sac à patates que lorsque je déambule en robe H&M chez Auchan. Il y a de l'espoir.

Et puis l'imperfection...

Enfin, je tiens à mettre en avant la totale imperfection de notre démarche de transition

Oui, on pourrait faire mieux. Pour autant, on ne va pas s'auto-flageller en place publique. Oui, il m'arrive ponctuellement de commander un coca au bar, de sauter sur des plaques de chocolat, de mettre de la laque sur mes cheveux, de céder sur certains cadeaux, etc. J'ai un smartphone, un ordinateur, des ondes wifi dans ma maison.

Je suis parfois surprise par l'image complètement stéréotypée que certains peuvent projeter sur notre famille ou par leur surprise de nous croiser dans tel ou tel commerce. J'en viens à me demander si c'est moi qui surjoue, qui véhicule une image trop lisse dans mes propos, qui me montre peut-être intolérante.

En réalité, je n'ai jamais caché la progressivité de notre démarche ni notre humilité.  Il est difficile de TOUT changer, encore moins tout changer d'un coup, dans sa vie. 

Et puis, qu'on se le dise, aussi investi soit-on, tant que les gens qui ont des WC en plaqué or et des revenus annuels plus élevés que trois mille années de SMIC se fichent royalement de leur impact sur l'environnement, on n'est pas sortis du sable...

A chacun d'agir à sa mesure !



Sur ce, je vous souhaite un joli week-end. Que le printemps qui arrive soit source d'élan dans vos engagements !

Commentaires

  1. Ça m'a fait plaisir de lire ton article. Je m'y retrouve beaucoup . De notre côté on a encore beaucoup d'effort à faire mais ça progresse petit à petit. Pour la télé, nous pensons à la remplacer par un rétroprojecteur et ne l'utiliser que pour regarder des films. En ce qui concerne la mode, comme toi, j'achète beaucoup d'occasion mais il m'arrive d'avoir des petits craquages à côté. Pour 2019, j'ai fait une petite liste "petits gestes écolo pour 2019 " . Passe un bon dimanche.

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    1. Petit pas par petit pas, on avance ! Le tout est de se sentir en cohérence !

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  2. Je me retrouve beaucoup dans cet article. J'ai presque envie de dire : tout pareil !

    Petite question : as-tu remarqué une véritable hausse des tarifs en passant chez Enercoop ? J'ai voulu changer moi aussi, mais comme on n'avait pas encore fait nos travaux d'isolation ni changé le mode de chauffage, on ne pouvait pas se permettre de payer encore plus cher notre électricité. Le sujet pourrait aujourd'hui revenir sur la table.

    Je privilégie aussi l'optimisation des trajets plutôt que le 100% zéro-déchet. Ca me parait effectivement plus cohérent.

    Les toilettes, c'est le gros sujet sur lequel mon amoureux n'est pas du tout prêt à faire un effort. Je pense qu'il ferait un syncope si je lui proposais des toilettes sèches ... J'ai déjà tenté le coup avec l'idée d'une douchette pour remplacer le papier toilette, ou encore du papier toilette lavable et réutilisable, j'ai cru qu'il allait m'égorger ! Haha, chacun ses faiblesses.

    Mon péché à moi, c'est l'eau de la douche. Impossible de rester 5 minutes. Alors j'ai installé un économiseur d'eau (70% d'eau en moins, c'est fou :OOO). Et j'ai décidé d'arrêter de prendre une douche par jour. C'est une tous les deux/trois jours. Comme ça, quand je la prends, je profite du moment sans culpabiliser.

    La transition, honnêtement, même si j'adore (valeurs, respect, tout ça ...), c'est parfois difficile. Parfois, j'aimerais envoyer tout balader à coup de "c'est bon, pour cette fois, je m'en fous, j'ai pas le temps/l'énergie !" ... Mais c'est impossible. Une fois qu'on est dedans, c'est tous les jours qu'on se bat.

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    1. Les tarifs chez Enercoop sont un petit peu plus élevés, oui. Après, on essaie d'être plus vigilants sur la consommation d'électricité...
      Je suis d'accord, même si c'est difficile, une fois qu'on a pris conscience de notre impact, difficile de faire marche arrière!

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