Le lapin de Pâques

Le soleil.
La douceur.
Les chocolats.
Le printemps.

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Le week-end de Pâques s'est étiré, a prolongé les vacances de quelques heures moelleuses.
Ce lundi soir avait un goût de dimanche alangui, la soupe et les tartines, une saveur de repos conquis et sucé jusqu'à l'os.

"- Moi, je crois que le lapin de Pâques n'existe pas. C'est vous qui cachez les chocolats."
Ses six ans et son esprit vif ont cueilli notre surprise à table. Regards qui s'interrogent, silence qui imprègne l'atmosphère de doute, coup d’œil vers la plus petite qui déguste un morceau de fromage sans se soucier de la conversation.

"-Pourquoi crois-tu cela ?
- Je ne sais pas."
Et le silence, encore, comme un aveu, fracas de notre lâcheté quand sonne l'heure de briser l'illusion.

"- On en reparle après le repas ?"

J'ai différé. Besoin de créer un sas d'acceptation : mon tout petit aura bientôt sept ans, l'âge de raison dit-on. Déjà la coquille se fendille.

Je suis revenue vers lui tandis qu'il lisait dans sa chambre.  Je lui ai glissé la vérité en un murmure au creux de l'oreille. Le secret des grandes personnes. Les cachotteries pour enchanter les petits. La confidence à garder dans son cœur, pour laisser croire encore un peu sa petite sœur.

"- Alors c'est bien vous qui avez mis les œufs... Mais, chez Mamie, si c'étaient les adultes qui avaient caché les œufs dans le jardin, ma cousine les aurait vus, non ? Chez Mamie c'était peut-être le lapin de Pâques...
- Écoute ton cœur. Crois ce que te dicte ton cœur. "

Il a gardé le silence devant sa sœur, s'est brossé les dents en réfléchissant. J'ai rangé du linge dans son placard. Il est revenu me voir sur la pointe des pieds et m'a glissé en chuchotant :

"- Maman, je crois que je vais encore croire au lapin de Pâques..."

Je l'ai serré dans mes bras aussi fort que le faisait mon cœur dans ma poitrine.

Même en ayant percé à jour le subterfuge des grands tours de magie, on peut choisir d'y croire. Qu'importe la vérité, le rêve suffit parfois.

Commentaires

  1. Superbe!
    J'aime tes mots pour lui expliquer. On peut croire à tout et rêver aussi. C'est magique...

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  2. J'adore la naïveté des enfants, nous la perdons en grandissant dommage le monde serait peut-être plus beau

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