J'ai appris à trébucher

Je partage avec vous un texte intime, un texte vieux de quatre ans.

J'ai remis la main dessus alors que je réfléchissais à ce que mes enfants ont apporté à ma vie en me confrontant aux difficultés ou à l'imprévu.
Beaucoup d'éléments de ce petit récit sont toujours d'actualité...

"Dans la vie, je suis de ces personnes que d'aucuns haïssent un peu parce que je réussis à peu près tout ce que je touche. Je me rends compte que cette phrase même est détestable...

Pourtant, c'est un fait, j'ai toujours été excellente élève, j'ai eu mon brevet et mon bac avec mention très bien, j'ai fait des études honorables, j'ai réussi des concours (prof des écoles, bibliothécaire, fonction publique)... Quand certaines choses n'ont pas abouti (ma carrière de prof, mon mémoire de Master), c'est parce que j'y ai mis un terme moi-même. J'ai une vie de famille bien sous tout rapport : un mari que j'aime depuis 10 ans, deux enfants, un garçon, une fille, c'est parfait.

J'ai toujours eu du mal avec l'échec, car j'en ai peu connu. Je n'ai jamais vraiment appris à me relever puisque je suis rarement tombée. Certains me jalousent et voient cela comme une chance, moi je le vois comme une faiblesse... Au fond, je me suis toujours arrangée pour ne pas me mettre dans des situations où l'échec était envisageable. Par peur, sans doute.

A l'aube de mes 28 ans, je réalise qu'être mère a été - et sera encore longtemps- mon plus gros, mon plus beau challenge.


Être mère, dès le départ, a été pour moi une épreuve à affronter, avec cet accouchement prématuré par césarienne que je n'avais pas vraiment envisagé dans ma vision des "possibles", avec ce corps qui avait raté sa mission nourricière pour mon enfant qui souffrait d'un retard de croissance, avec cette séparation à la naissance qui m'empêchait d'être là tout entière pour mon enfant. Mon vilain amour propre a été sacrément mis à l'épreuve. Je n'avais pas encore mon enfant dans les bras que je ne pouvais déjà plus être la maman que j'idéalisais dans mes ambitions.

Être mère m'a appris l'humilité. Être mère m'a fait comprendre qu'être faillible était ce qu'il y avait de plus humain.

Aujourd'hui encore et chaque jour depuis trois ans, être mère me confronte à l'échec. Parce qu'élever un enfant, c'est tout sauf facile. Parce que les craquages nerveux nous submergent parfois. Parce qu'on fait chaque fois ce qu'on peut, pas toujours ce qu'on veut.

Quand je m'énerve sur les enfants, quand je crie, je me déteste, j'ai peur d'échouer dans ma mission de parent et de faire des mes enfants des êtres fragiles qui me méprisent. Et puis je réalise que chaque échec est une occasion de s'améliorer. Et c'est certain qu'en tant que maman, ma marge de progression est énorme.

Mes enfants m'ont appris à tomber, et chaque jour ils me tendent la main pour me rendre meilleure et me montrer comme la vie avec eux est belle.

La maternité est sans doute la plus belle et la plus enrichissante des expériences qui me sera donnée à vivre. Celle qui me fait trébucher tous les jours, et qui m'oblige à relever la tête pour avancer. Pour moi. Et essentiellement pour eux."

Depuis l'écriture de ce texte qui date de 2015, de l'eau a coulé sous les ponts.
Des échecs, des épreuves, j'en ai rencontrés en chemin, sur plusieurs pans de ma vie.
Une jolie petite crise existentielle, avec du merveilleux, du pas très beau, du difficile, du surprenant. Un cocktail explosif mais vivifiant.

Je sais désormais que ma ressource est grande, car de ces épreuves, j'ai tiré des réussites fabuleuses.

Si je ne m'étais pas écorché le cœur sur le bitume, aurais-je eu le cran d'écrire un roman et de le faire publier, par exemple ? Je suis certaine que non. Ce n'est qu'un exemple parmi d'autres, mais sûrement le plus visuel.

Aujourd'hui, ma gratitude est immense envers la vie, envers les personnes qui m'entourent, m'ont entourée. Je suis persuadée que toutes les rencontres, aussi belles ou éprouvantes soient-elles, nous apportent. 

Et s'il y a bien une chose à apprendre de tout ce qu'on traverse, c'est celle-ci : on se relève, on se renforce, on se surpasse grâce à tout ce qui nous a égratignés.

Dans la course à la perfection qui nous entoure, dans un monde où l'échec est sans cesse pointé du doigt, soyons fiers, bon sang !

Commentaires