Marche avant




Il faudrait que la marche soit toujours vers l'avant, vers l'ailleurs. 

Qu'on n'ait jamais à revenir sur nos pas. 

Car le pas, conquérant, est un petit moteur à assistance imaginaire pour les gambettes qui m'accompagnent en promenades. 1 mètre 20, c'est un peu plus grand que trois pommes et c'est à hauteur de mûres, ça, elle l'a bien retenu. J'ai beau expliquer trente fois que ce n'est pas encore la saison de ces petits rubis boursoufflés au goût surprise allant d'acide à gorgé de soleil, la demoiselle scrute chaque ronce tous les cent mètres, convaincue qu'on en trouvera peut-être. 

Vient le moment où l'on rebrousse chemin, vient le moment où le but est une désillusion : rentrer à la maison. Les pieds se traînent dans la poussière, les épaules se voûtent tandis que le menton s'adresse au ciel dans une plainte exagérée. On fait douze pauses à la minute pour éloigner l'heure de rentrer. Et la balade si douce du début de matinée devient un exercice de patience et de négociation. Alors j'essaie de paver la route d'imagination, d'histoires à raconter, de poésie à cueillir. 

Et nous voici à la maison. Les baskets sont jetées dans l'entrée, les épaules se redressent et le sourire semble poindre. Un grand verre d'eau. Le canapé. 
"Papa, tu sais ce qu'on a vu en promenade ?" 

Le dimanche reprend sa marche avant, et tout redevient supportable.


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