Comme les crocodiles du Nil

Trop.

Trop de sollicitations nous sautent à la gorge. 

Le portable qui sonne sans cesse. Trois messages, quatre notifications, quelques mails, plus que douze pourcents de batterie. 

Les comptes instagram auxquels on s'abonne sans cesse, le feed qui se déroule à l'infini, les likes, les commentaires. Facebook, même galère. La photo est devenue plus importante que le moment vécu.

Les panneaux publicitaires. Les abribus, les couloirs de gares, les 4 par 3, les panneaux animés, et maintenant les écrans, des télés géantes qui nous balancent des pubs aux feux rouges. 

Les épisodes de séries entrecoupés de quatre publicités à la télé. Les émissions débiles. Le son et les images en continu, du vide en perfusion, pour nous rendre un peu plus moutons. 

Les newsletters, les bons de réduction, les remises fidélités, ces mails en rafale et ces courriers qui nous créent de nouveaux besoins à la pelle. 

Les événements, partout, tout le temps ! On n'a pas assez d'un week-end pour courir toutes les fêtes du terroir, toutes les brocantes, les concerts, les spectacles, les ateliers DIY, les réunions, les ciné-débats, les conférences.

Et les activités des enfants. En septembre on hésite entre le foot, la gym, la musique, le badminton, le judo, le tennis... On note les créneaux horaires, les tranches d'âges, les tarifs des licences, on essaie de tout caser dans notre grande grille hebdomadaire pour ne perdre aucune minute et satisfaire tout le monde. 

Je sature.

On finit bien par se demander si on est encore quelqu'un quand on n'est plus actif sur les réseaux sociaux. Quand on s'autorise à ne rien faire. Quand on n'a rien prévu le week-end. Quand les enfants ne pratiquent aucun sport en club. 
N'est-on plus personne quand on s'extrait doucement de cette frénésie hypnotique où chaque temps libre est un temps mort ?

J'en ai discuté avec mon petit doigt, il se pourrait bien qu'en disparaissant des écrans de radar, en gardant sa vie plus secrète, dans la pénombre imperceptible depuis la vitrine, on devienne, finalement, enfin quelqu'un, et peut-être soi.

J'ai appris récemment que le crocodile du Nil pratiquait l'estivation. Ce n'est pas une blague ! Estiver, c'est un équivalent d'hiberner, un mode de vie plus économique pour le corps en période de sécheresse dans les zones arides. Le crocodile du Nil s'enterre ainsi dans la vase pour garder un peu de fraîcheur.
Photo : licence pixabay

Je ne me plonge pas encore dans les fonds d'étangs pour survivre à l'été, mais de façon assez indéniable, août m'a fait rêver d'estivation. 

Je m'éloigne doucement des notifications, des applications en tout genre. Sans doute que cela passera aussi inaperçu qu'un grain de sable dans l'océan, c'est là toute l'ironie.

Il faut parvenir à arracher la perfusion pour que la magie opère. Mais le sevrage est plus rapide qu'il n'y paraît. 

Au diable la popularité, les ventes, le succès. Des feux de paille. 
Reste la sincérité, et la présence. Deux clés qui ouvrent beaucoup de portes, vous savez !

Commentaires

  1. Très juste et bien écrit.
    Les vacances m'ont offert cet espace de vrai qui manque souvent au quotidien.
    Mais c'est bien à nous de marquer l'importance du temps qui compte.

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  2. Et tu as bien raison !! Moi aussi je sature, parfois j'aimerais me débarrasser de mon téléphone... Je réponds toujours aux sms 3/4 jours après parfois 10 . Tu te fais presque engueuler par les gens quand tu ne réponds pas tout de suite . Je trouve ça complètement fou ! Bonne estivation 😊

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