Corpus feminae

L'article que je m'apprête à vous livrer va certainement en faire bondir certain(e)s, il touche à l'intimité et au corps de la femme.
Je n'oblige personne à le lire, bien entendu. Je comprends que pour certaines personnes, ces sujets doivent rester dans la sphère intime parce que leur éducation leur a inculqué cela. Je comprends aussi que certaines femmes placent le sacré dans la pudeur. Je suis ouverte à la discussion, à l'échange, et ce n'est pas parce que mon avis est tranché sur la question que je ne suis pas tolérante envers celles et ceux qui pensent autrement. 

Voici donc mon ressenti. Il n'a rien de la vérité incontestable, il est simplement mon témoignage de femme, de trentenaire, de jeune mère, aussi.

Je suis de celles qui pensent que les lignes doivent et peuvent bouger.

J'ai longtemps hésité avant de m'exprimer sur ce sujet, par peur qu'on me trouve déplacée, par crainte d'être pointée du doigt, mais aujourd'hui, c'est évident, ce sujet-là me touche particulièrement et je ressens le besoin d'échanger avec vous. Parce que ce blog est avant tout mon blog, mon espace d'expression, qu'il n'a pas à subir les diktats du bien-pensant et qu'il n'est pas "juste" mon site web vitrine d'auteure.

Extrait de mon journal créatif - avril 2018

Quelle étrange époque que la nôtre, je trouve !

A notre époque, tout le monde s'esclaffe d'offrir des bonbons en forme de sexe lors des enterrements de vie de jeune fille, les portes des WC des collèges et de lycées sont recouvertes de tags en forme de verges. Je me souviens aussi d'un voyage en Allemagne en 2002 où étaient placardées dans tout Munich des publicités pour des slips d'hommes à ouverture, sur lesquelles des bananes et des œufs étaient mis en scène. Tout le monde riait. Le godemichet est un accessoire phallique devenu rose à paillettes comme un jouet de fillette. La série télé qui a remporté un succès phénoménal ces dernières années est sans doute la plus sanglante, la plus débridée qu'on n'ait jamais regardée, entre têtes et sexes coupés, scènes d'"amour" en toute consanguinité, viols... A notre époque, des gosses de 7 ans jouent à Fortnite et tuent virtuellement à tour de bras, il ont accès à youtube et à son ramassis de conneries librement. Les adolescents visionnent du porno depuis leur smartphone, leurs représentations de la sexualité en sont biaisées, les parents sont dépassés (Voir Pornographie, un jeu d'enfant, le docu effarant de France 2).
On en arrive à cultiver des images faussées et des tabous qui amènent des jeunes filles à avoir des complexes, des jeunes femmes à avoir recours à des opérations, à consulter des gynécologues pour se faire couper les petites lèvres ou se faire blanchir la peau. TOUT VA BIEN...
Pendant ce temps-là, on ne se lasse pas d'afficher des fesses et des seins pour vendre du parfum et du savon.

A notre époque, pourtant, tandis qu'une marque de serviettes hygiéniques ose parler de la vulve en mettant en scène des salades, des coquillages des des cupcakes, et oui, c'est vrai, quelques dessins anatomiques, le CSA reçoit une foule de plaintes.
Oui, les gens sont incroyablement choqués. Manquerait plus qu'on commence à mettre du sang rouge à la place du traditionnel liquide bleu des publicités... N'est-ce-pas ?


Cette image dit tout :

https://www.instagram.com/p/B3eimu0IRG5/
Instagram.com/vincent_lahouze


Attendez... Je vous propose qu'on aille tous censurer les marbres antiques du Louvre et des Beaux Arts, les meufs ! Tant de zizis, ça va choquer nos gosses ! Et puis censurons les menhirs, les piquets sur les trottoirs, les bananes, haro sur les phallus ! C'est tellement suggestif !

Sérieusement ?

Vous savez à quel point je ne suis pas favorable aux entreprises de protections périodiques jetables, mais reconnaissons au moins une chose : cette publicité a du sens.

D'abord, je ne trouve pas cette publicité déplacée dans la mesure où elle ne parle pas de notre sexualité, elle n'use pas de pornographie, elle parle de notre ANATOMIE !!!! Notre corps. Pas pire que les pubs pour la mycose des ongles de pieds ou pour les troubles de l'érection qui passent à l'heure du dîner. Allô, le CSA ? Ah bah non.

Cette publicité a un message simple : notre anatomie de femme est NORMALE.

Allez, je vous laisse la regarder si ce n'est pas encore fait :




Eh oui, on dirait bien des vulves qui chantent, oh là là...

Triste constat à mon humble avis, le sexe de la femme fait encore partie des choses qu'il ne faut pas voir, qu'il ne faut pas montrer, qu'il ne faut pas dire.
C'est un peu comme l'allaitement en public : on confond une anatomie tout à fait naturelle avec les connotations sexuelles perçues par certaines personnes. A mon sens, il serait plutôt intéressant de se demander pourquoi lesdites personnes ne parviennent pas à dissocier cette connotation sexuelle voire pornographique de l'organe anatomique et de sa simple fonction biologique

Je ne peux pas m'empêcher de repartager avec vous le très très très bon documentaire du même nom, VIVA LA VULVA réalisé par Arte (cliquez sur l'image):

https://www.arte.tv/fr/videos/079452-000-A/viva-la-vulva/

Vous y apprendrez notamment que même dans le christianisme, les représentations iconographiques de la Vierge Marie, où l'on discerne clairement des formes d'amandes, sont très certainement des survivances de la représentation de la déesse mère, des représentations stylisées de vulves.

Voilà près de deux ans que je me penche sur le sujet de la reconquête du féminin, c'est une porte ouverte absolument riche et fascinante qui m'a permis de réaliser à quel point j'étais, avant cela, une femme complètement endormie quant à son identité féminine. Vouloir être une femme libre en espérant être un homme comme les autres, pour reprendre la formule, est pour moi une gageure. Je suis convaincue que l'heure est venue pour les femmes de reconquérir leur anatomie et leur fonctionnement biologique, que le féminisme ne passera que par ce cheminement-là.

Si la pilule a pu être un progrès vecteur d'une libération sexuelle à une époque, il n'en reste pas moins que beaucoup de femmes aujourd'hui ne connaissent pas leur intimité, ne maîtrisent pas leur fonctionnement biologique, s'en remettent au corps médical pour tout ce qui concerne leur fertilité et leur sexualité. 

Voici un extrait du livre Cycle féminin et contraceptions naturelles (que j'attends d'avoir terminé et "digéré" pour vous en parler plus longuement) avec lequel je suis pleinement d'accord :


Voici un ouvrage qui m'éclaire et me conforte dans ce chemin vers un apaisement du féminin.

En tant que mère, j'aimerais transmettre à mes enfants, fille et garçon, que le sexe féminin, que les règles, que la fertilité féminine n'ont rien d'honteux ou de sale. Bien au contraire !

Il y a tout une éducation de la réconciliation et du pouvoir à offrir. Connaître les cycles des femmes, c'est toucher au mystère de la vie et recevoir un enseignement qui relève du sacré, du puissant. 
C'est un chemin de liberté qui s'offre aux filles, aux femmes, aux mères. 

Quand on le comprend, on éclaire aussi d'une toute autre lumière l'Histoire et la domination patriarcale. Tout fait sens, des traductions hasardeuses de la Bible à la soumission des femmes, de la chasse aux sorcières aux priorités de l'industrie pharmaceutique. 

Un merveilleux élan semble naître aujourd'hui. Les "sorcières" n'ont pas disparu, leur savoir ancestral n'est pas perdu. Les femmes renouent avec leur nature, incroyables guérisseuses et magiciennes. 

Partant d'une simple représentation de vulve, vous le voyez, la discussion peut s'élargir et l'on touche du doigt les questions de la fertilité, de la contraception, de l'accouchement, de la ménopause. Je me demande si je fais partie d'une minorité de femmes que j'estime être en "réveil" ou si ce mouvement est bien plus vaste, silencieux comme une immense forêt qui pousse. 

Je suis heureuse d'y mettre des mots aujourd'hui et de peut-être vous amener à poser un regard différent sur ces tabous de longue date.




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