Le talent ne suffit pas

Mon titre est un brin provocateur, c'est vrai.

Le sujet que j'ai envie d'aborder aujourd'hui concerne le processus non pas créatif en tant que tel mais plutôt celui d'exposition et de réussite, somme toute très relative.

Avoir une personne de son entourage qui parvient à "réaliser un rêve", qui a "la chance" de...

La chance d'être publiée, la chance de donner des concerts devant les foules, la chance d'être exposé, la chance de voyager, la chance de diriger un projet d'ampleur... On met ce qu'on veut derrière "la chance de". Sauf qu'on oublie que c'est rarement une question de chance, en réalité.

Je connais des personnes qui créent, dans des univers assez variés, allant de l'écriture au dessin, de la couture au graphisme, du théâtre à la musique, et j'en passe. La créativité est une vertu humaine très répandue, la création, un passe-temps presque banal.

Les personnes qui vivent de leur art ou de leur artisanat restent minoritaires, la proportion de celles qui pensent pouvoir oser y penser, tout aussi infime !

Sans compter tous ceux qui rêveraient de jouer de la musique, de devenir photographe, de savoir coudre ou dessiner, mais qui n'ont pas encore franchi le pas d'apprendre, de "se mettre en chemin vers". Parce qu'ils n'ont pas le temps. Parce qu'ils s'en pensent incapables. Parce que ça coûte trop cher. Etc.


Parce qu'ils se cachent derrière des prétextes et évitent ainsi de se confronter à leurs peurs, au risque de l'échec !

photo : Licence Pixabay


Aujourd'hui, je me trouve dans la posture de celle qui a réussi à se faire publier, avec toute l'admiration, mais aussi l'envie qu'on peut me renvoyer au détour d'une conversation. Les autres posent un regard parfois naïf, parfois envieux, sur cette partie de ma vie. Ils en oublient la plupart des aspects suivants :

- Aujourd'hui ça ne me rapporte pas d'argent

- Écrire un roman demande des mois et des mois de travail, des heures et des heures de temps en famille, de sorties ou de ménage sacrifiées. C'est un choix.

- J'ai renoncé à certaines évolutions professionnelles, à des métiers sans doute plus lucratifs, ou pas, pour garder du temps d'écriture dans ma vie.

- Écrire a été une nécessité dans un moment de ma vie où j'allais mal. J'aurais pu m'apitoyer sur mon sort, j'aurais pu me plaindre. J'aurais pu ruminer mes déceptions et mes colères dix ans. J'ai choisi de transformer ma blessure, de passer par le processus créatif pour me sortir d'une période difficile.

- Mon texte a été relu et retravaillé des dizaines de fois, il ne relève pas de l'illumination soudaine ! Ce n'est pas magique, ce n'est pas de la chance, c'est surtout du travail.

- J'ai passé des dizaines d'heures à préparer des lettres de motivation à destination d'éditeurs pour accompagner mon manuscrit. J'ai dépensé des sommes considérables en envois postaux. Encore du travail, du temps, et de l'argent dépensés, sans certitude d'un retour positif. Mais j'ai décidé d'ESSAYER !

- J'ai essuyé des dizaines de refus (et certains, bien assassins) ou de non-réponses d'éditeurs. Je reçois encore des refus dix-huit mois plus tard, alors que le livre a été édité.

- J'ai dû surmonter le doute, la peur d'être lue, la peur d'être jugée, la peur d'être critiquée, c'est loin d'être un processus aisé. J'ai apprivoisé le risque.

- Je passe du temps loin de chez moi pour parler de mon livre, et je sacrifie encore du temps en famille, c'est toujours un choix.



Depuis mars 2016, époque à laquelle j'ai posé les premiers mots de L'Aubépine, j'ai eu des centaines d'occasions d'abandonner ce projet. Alors je ne sais pas si j'ai de la chance, mais de la patience, de la persévérance, de la foi, oui, j'en ai.

C'est ce message là que je voudrais transmettre à toutes les personnes qui, de près ou de loin, ont des envies de création, de projets fous, d'aventure !

Le talent ne suffit pas. 

D'ailleurs, vous voulez un scoop ?

Le talent n'existe pas. 

Le talent, c'est quelque chose que l'on a choisi de travailler. C'est à l'origine un centre d'intérêt, éventuellement une prédisposition (encore que, selon moi, elle ne tombe pas du ciel), une faculté amenée par un contexte particulier, que l'on CHOISIT de travailler.

Des textes pourris, j'en ai écrits. Ah, ça, le cahier vert de mon adolescence, il en témoignerait encore si je ne l'avais pas perdu !

Il est temps de démystifier  la "réussite".

Il est temps de vous demander, quand vous vous découragez, quand vous n'osez pas, quand vous enviez quelqu'un, ce que vous ne faites pas pour parvenir au même résultat. Je suis certaine que ce pas de côté apporte des réponses et permet de se remettre en question.



Où est votre volonté ? 
Où sont vos peurs ? 
Où sont vos priorités ?

Avec ces trois questions, il n'est pas impossible que vous trouviez la clé pour réaliser quelques rêves...




Commentaires

  1. Très bel article qui est très juste également.
    Nous sommes toujours très forts pour nous trouver des excuses et taxer les autres de chanceux. Mais la chance ça se provoque, ça ne tombe pas du ciel par hasard.
    Comme tu le dis il faut oser, dépasser ses peurs, faire des compromis. Et ne rien lâcher. C'est un engagement de tous les instants.
    Et le talent, ça se travaille tout comme le reste.
    Merci Sophie

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    1. Merci Marie pour tes petits mots par ici, ce n'est pas facile de provoquer la chance, mais c'est possible :)

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