Écrire un roman en trois mois

Écrire un roman en trois mois, impossible ? Il faut croire que non !

Vous connaissez l'adage ? "Ils ne savaient pas que c'était impossible, alors ils l'ont fait."

Eh bien moi aussi, je l'ai fait.

Début novembre, je vous expliquais dans cet article que j'avais envie de m'amuser avec un concours d'écriture lancé sur la plateforme Fyctia.
Il s'agit du Prix du Roman de l'été Fyctia/Télé Loisirs, qui donnera au vainqueur la chance d'être publié chez Hugo Romans.

Eh bien, mercredi 5 février, j'ai mis le point final à cette histoire, j'ai envoyé mon manuscrit définitif au jury.

Cette aventure d'écriture fut une réelle nouveauté pour moi. Maintenant que je peux me poser un instant pour y réfléchir, voici ce qu'elle m'a appris...


1. Les idées murissent avec du temps


L'idée de ce roman, je l'ai eue le 1er mai 2019, soit 6 mois avant le début du concours. Une fulgurance, un point de départ, et quinze pages écrites le temps d'un week-end, dans cet état de fièvre créative qui me prend parfois, comme une poussée soudaine !
A l'époque, j'avais à l'esprit les grands traits de caractère de mon héroïne, une idée de trame générale plutôt dans la veine feel-good, et le dénouement.
Quand j'ai pris connaissance du concours, ces idées avaient eu le temps de mûrir dans mon esprit, sans même que je m'en rende compte !
Voilà qui m'a permis d'entrer dans le concours avec les idées assez claires et de dresser rapidement un plan détaillé, qui, certes, a évolué au cours de l'écriture, mais qui traçait les grandes lignes !

2. Régularité !


La première phase du concours a duré 10 semaines. 10 semaines pendant lesquelles j'ai dû écrire très régulièrement pour avancer sur mon texte. J'y ai consacré beaucoup de pauses déjeuner, quelques après-midis de week-ends et deux heures ici et là quand j'avais du temps libre. C'est la première fois que j'écris quelque chose d'aussi conséquent en si peu de temps. Le timing hyper serré m'a forcée à dégager du temps, à écrire même lorsque l'inspiration n'était pas vraiment là. Je n'ai pas plus de temps que vous, mes journées ne font que 24 heures, j'ai un travail, une famille. J'ai dû me pousser, me motiver... Et laisser de côté des moments en famille ainsi que certaines tâches ménagères...

3. L'attente du lecteur et le soutien en direct

Si j'ai réussi à aller au bout de l'aventure, c'est sans aucun doute parce que mon réseau, mon entourage, quelques lecteurs, ont été à mes côtés pour m'encourager. Ils attendaient chaque chapitre impatiemment. Ils ont répondu présent dès le départ et partagé l'information sur les réseaux sociaux très activement. Je leur devais bien cette persévérance.
Sans cela, j'aurais sans doute baissé les bras rapidement, happée par les autres obligations de la vie...
Les retours sur mes chapitres ont été très enthousiastes, ils m'ont donné le courage de poursuivre. Je me suis dit que ça en valait peut-être la peine, et que mon histoire faisait du bien à celles et ceux qui la lisaient.
Pour tout cela, merci. A vous.

4. Créer sans juger...

Pour autant, je n'avais pas le temps de relire vingt fois mon travail, de peaufiner telle description, tel passage...
Adieu le perfectionnisme ! J'ai dû me lancer, livrer aux lecteurs ce qui s'apparentait souvent à un premier ou deuxième jet. Il restait des coquilles et quelques fautes, des répétitions... Mais je n'étais pas là pour livrer un Goncourt, mon objectif était d'écrire. Écrire, juste écrire, ne pas juger mon propre travail.
C'est une réelle démarche créative que de se laisser aller à la production sans se brider par de l'auto-critique souvent sévère !
Je me suis fait confiance, j'ai accepté les retours constructifs, j'ai avancé. Le texte auquel j'ai abouti est très imparfait, mais il a le mérite d'être écrit !
La leçon de cette histoire ? Sans délai, sans nécessité de créer en direct, seule face à ma page blanche, je me serais sans doute dit que ce roman n'était pas terrible, j'aurais retravaillé mes premiers chapitres quarante fois sans réellement avancer sur la trame narrative.
Désormais, j'ai un matériau qui pourra être peaufiné, amélioré, mais la base est créée, et ça, c'est génial ! C'est ma victoire, quelle que soit l'issue du concours.


5. Je suis capable

 Je prends cette expérience comme l'occasion de me dire "je suis capable d'écrire en un temps limité", "je suis capable d'aller au bout d'un projet avec une deadline serrée".
Ça fait beaucoup de je, tout ça. Mais la confiance en soi, dans cette activité solitaire qu'est l'écriture, dans la mise à nu qu'elle représente, est importante. Elle permet d'oser, les fois suivantes !

6. Une pause s'impose...

J'ai beaucoup appris, je sors grandie de cette aventure créative, mais il y a un mais.
L'inspiration ne vient pas, chez moi, d'un puits perpétuel. Créer, c'est transformer quelque chose (une émotion, un vécu, une opinion, une contemplation) en texte, c'est sortir de mon corps une idée pour la transformer en mots, en textes. Cela n'apparaît pas par magie... L'inspiration divine, ça n'existe pas. En tout cas, pas en tant que telle. Je ne connais pas de fontaine inépuisable.
On peut avoir tous les outils qu'on veut : une maîtrise potentielle du langage, un stylo, des capacités intellectuelles, du papier, un ordinateur. L'outil n'est rien sans la matière. Encore faut-il avoir quelque chose à modeler !

Pour pouvoir créer vite et relativement bien, j'ai puisé - pour ne pas dire épuisé - dans mes ressources, dans les références qui me nourrissent, dans les connexions de ma pensée. J'ai le sentiment qu'après ce marathon, la réserve est vide, j'en ai râclé les bords !

Aujourd'hui, je ressens le fort besoin de me ressourcer.

Dans le calme, la solitude et la nature, avant toute chose. Recourir à mes cinq sens. Développer de nouvelles sensations, en réactiver d'autres. Observer.
Ce repos-recharge, je le trouverai aussi auprès de mon conjoint, de sa tendresse silencieuse. Auprès de mes enfants, de leurs jeux, de leur spontanéité, de leur insouciance, beaucoup.
J'ai besoin d'un refuge.

Je m'éloigne un peu des réseaux sociaux, qui peuvent terriblement vampiriser notre énergie... Voir des actualités, des publications en masse, subir cet afflux, cette sorte de normalisation de la pensée et de l'esthétique, ne remplit pas du tout mon réservoir. Cela pompe mon temps et lisse les contours de ma curiosité.

J'ai passé mon mois de janvier à parler, dans le cadre de mon travail, par exemple. Là aussi, j'ai besoin de me taire. Préserver mon souffle.

Je vais ouvrir de vieux livres. Entrer dans des musées. Peindre. Recevoir la beauté, la chercher dans les interstices et dans les pas de côté.



Commentaires

  1. C'est un beau défi que tu as relevé haut la main et qui t'as appris beaucoup, sur toi, sur l'écriture.
    J'ai pris plaisir à suivre l'évolution de cette histoire qui m'a beaucoup touchée Sophie.
    Oui, cela implique des compromis et de savoir prendre le temps pour ce qui compte à un instant T.

    Pour ce qui est de l'inspiration, je crois en effet qu'il y un temps pour tout. Et pour la trouver, la respirer, il faut aussi s'éloigner un peu de tout le chaos du monde.

    Ressource toi bien et au plaisir de te lire à nouveau, avec de nouvelles idées fraiches et inspirantes j'en suis certaine.

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