Soif, Amélie Nothomb

Il faut oser, écrire sur Jésus, écrire à la place de Jésus, se mettre dans sa peau.

Immédiatement, quand j'ai eu vent du sujet du dernier roman d'Amélie Nothomb, j'ai pensé : quel culot ! Je me suis néanmoins retenue de lire des critiques de l'ouvrage avant de m'en faire ma propre idée.

D'autres se sont déjà essayés à revisiter l'histoire de Jésus, à en faire un roman. Je pense par exemple à Eric-Emmanuel Schmitt et son Évangile selon Pilate, ou encore à Stéphane Arfi et Sept jours à Jérusalem. Comme ce doit être tentant, d'utiliser l'une des plus vieilles histoires du monde !
La Bible elle même, quelle que soit notre confession, est un "roman" considérable, une source narrative intarissable. Sans compter la foule d'évangiles apocryphes qui nourrissent, depuis 2000 ans, l'imaginaire des peuples.


Avec Soif, j'ai trouvé qu'Amélie Nothomb livrait un texte époustouflant d'intelligence et de philosophie.

En nous plongeant dans les dernières heures de la vie du Christ, en imaginant avec une vraisemblance déconcertante ce qu'ont pu être ses pensées dans ce moment si sombre jusqu'à la grande révélation divine, elle nous emmène dans une réflexion universelle.

Jésus est ici profondément humain. Il s'interroge sur la confiance, sur l'amour, sur le corps, sur la foi.
La métaphore de la soif, quant à elle, est extraordinaire de justesse.

Ici, Jésus est en couple avec Marie-Madeleine. Voilà qui rappelle nombre de polémiques qui ont donné lieu à des textes comme Da Vinci Code. Toutefois, cette histoire d'amour entre les deux personnages ne m'a pas paru posée là pour faire polémique, justement. J'y ai vu l'humanité de Jésus par dessus-tout. J'y ai trouvé des réflexions très juste sur le couple, sur l'amour. Comme de jolis conseils murmurés à l'oreille.



Pour être tout à fait sincère, j'avais commencé la lecture de ce roman avec une certaine réserve. Au bout de dix pages, je me suis dit :"cette auteure est un génie."
Voilà qui peut paraître excessif, et pourtant... La progression narrative est parfaitement ficelée, le propos s'enrichit au fil des heures de vie restantes qui s'égrènent. Le ton, le style, sont adaptés au personnage.
J'ai trouvé dans ce roman des phrases qui m'ont fait beaucoup de bien, des réponses à des doutes qui dormaient peut-être encore en moi.

Ce texte m'a rappelé à quel point le christianisme actuel était le fruit de conciles divers organisés au fil des siècles par une Eglise patriarcale, souvent intolérante et extrême. Il m'a semblé plus proche de ce que le message du Christ a pu être, dans l'intention, que ce que certains rites, certaines positions cléricales, en ont fait, par dérive et par intérêt.
Je n'oublie pas que ce livre est un roman. Je n'oublie pas qu'il est la production d'une écrivaine qui a utilisé l'un des personnages les plus connus au monde pour écrire une fiction et passer des messages qui sont les siens. A plusieurs reprises, l'omniscience de Jésus est presque un prétexte pour glisser des réflexions sur notre monde. Pourtant, je l'ai vraiment trouvé juste, et... christique. 

Peut-être que si vous connaissez la Bible sur le bout des doigts, vous n'y trouverez pas votre compte.
Soif n'est pas un texte de religion. Je l'envisage en revanche comme un texte de réconciliation,  une superbe réflexion sur la vie, sur le rapport aux autres, sur le sens de nos existences. 

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