L'intérieur

Depuis quelques jours, les consignes visant à limiter l'épidémie de COVID-19 nous imposent de rester chez nous, de garder nos enfants, quand cela est possible. Nos déplacements sont limités au strict nécessaire.

Beaucoup de personnes semblent effrayées à l'idée de ne plus pouvoir sortir. Pire, de devoir cohabiter avec les enfants 24 heures sur 24 !
Nous qui nous plaignons souvent d'aller travailler, qui rêvons de vacances infinies, nous voilà en train de nous plaindre, cette fois, de cette injonction à rester dans notre lit ou dans notre canapé !

Et si nous prenions le temps de mesurer la liberté qui règne dans nos vies de Français le reste du temps ? Et si nous relativisions cette contrainte ?

Bien sûr, la période ne sera pas reposante pour tous. Bien sûr, je pense aux soignants, qui vont vivre un marathon. Bien sûr, je pense aux personnes âgées, que notre société isole déjà en temps normal.

Mais vous... Vous les adultes autonomes et bien portants ayant la possibilité de rester à la maison avec votre amoureux.se, avec vos enfants, avec vos chats... N'est-ce pas là une opportunité de retrouver une vie qui fait sens ?



Depuis plusieurs semaines, je ressens un fort besoin de me replier sur mon foyer, de me ressourcer dans ma maison-refuge, dans mon intériorité. Ce confinement ne me fait pas peur. Il arrive à un moment de ma vie où l'accumulation des sorties, l'accumulation des achats, l'accumulation des contacts sociaux ne font plus sens pour moi. J'étais déjà dans la recherche d'une solitude volontaire, d'une protection vis à vis de l'énergie que me pompe parfois l'extérieur. J'accueille ce qui advient, c'est tellement plus reposant que de chercher à lutter, que de se débattre, parfois.

J'aimerais revenir un instant sur la peur.
Oui, des gens ont peur. L'allocution même du Président était sévère, grave, encore hier soir. Le problème avec la peur, c'est qu'elle est au moins aussi contagieuse que le virus, et que concrètement, elle ne résout pas les problèmes.

La trouille, elle me vient de l'extérieur. De la voix inquiète de personnes avec qui j'ai pu discuter. Des nombreuses informations parfois fausses, souvent excessives, qui sont diffusées en masse sur les réseaux sociaux. Nous sommes à une époque où la technologie nous prend au cou, nous force à recevoir trop, beaucoup trop d'informations à la minute.

Puisque nous devons rester à l'intérieur, saisissons cette opportunité pour en prendre soin, de cet intérieur.

Nos enfants, nous avons choisi de les avoir, de les élever. Passer quelques semaines en continu avec eux, c'est se rappeler que la vie de famille n'est pas que contraintes et logistique. C'est l'occasion de créer des routines plaisantes, des habitudes qui sont exemptes des traditionnels "vite, dépêche-toi", "attends, je suis occupé.e", "c'est comme ça et puis c'est tout".
Nous allons avoir le temps de nous écouter les uns les autres, de nous parler, de jouer ensemble. C'est précieux.

Notre intérieur, c'est aussi notre maison, notre foyer. 

Est-ce que vous vous sentez bien chez vous ? Ou bien est-ce que c'est un lieu que vous fuyez, le reste du temps, pour sortir, encore et encore, et vous occuper à l'extérieur ? 
Nous allons avoir de temps de déplacer des meubles, de ranger, de trier, de finir telle petite peinture, telle réparation... Prendre soin de ce refuge qui est le nôtre, permettre à chacun d'investir son espace.

Et puis l'intérieur, c'est ce qui vit en chacun de nous. 

C'est la qualité de réflexion et le temps que l'on s'accorde, en tête à tête avec soi-même. C'est arrêter de fuir ces temps suspendus, ce qu'on fait souvent par peur de découvrir que ce qui vibre en nous ne correspond pas à la vie qu'on mène.
C'est s'observer, faire un état des lieux de son corps et de sa tête. La situation nous donne l'occasion de penser à nous-mêmes, de faire passer le bien-être devant tout le reste.
C'est réaliser qu'on a choisi de vivre avec les gens qui se trouvent sous le même toit que nous, s'en réjouir, ou peut-être pas, d'ailleurs. C'est se retrouver confronté à ses choix et se demander si on est à la bonne place.
C'est chercher ce qui fait sens. Est-ce que faire défiler un écran de portable sans fin dans le canapé donne du sens à ma vie ? Est-ce que ça me fait du bien ? Est-ce que ça me rend plus libre ou est-ce que ça me rend complètement mouton, à défaut de me rendre chèvre ?

Pendant ces quelques semaines, on va arrêter de se mentir, on va se croiser dans le miroir et réaliser que ce maquillage, ce super brushing, ces vêtements de marque, ces chemises élégantes, ces faux ongles, cette grosse bagnole qui consomme, ces baskets à la mode, et j'en passe, ne sont là que pour le regard des autres.
Pendant tout ce temps, nous allons pouvoir nous retrouver nous-mêmes, dans le confort plutôt que dans la contrainte esthétique, dans l'harmonie avec soi plutôt que dans le regard des autres, dans le soin plutôt que dans l'artifice, dans la détente plutôt que dans la logistique, dans l'authenticité plutôt que dans la façade sociale.

L'intérieur.

La fondation qui supporte tout le reste de notre existence.

L'essentiel qui fait table rase des non-sens.

Le refuge où l'amour est plus contagieux que la trouille.

Prenez soin de vous...







Commentaires

  1. Salut Sophie. Merci pour ce bel article. J'ai souvent de la peine de ne pas pouvoir profiter de ma fille autant que je le voudrais, je me plains souvent de ne pas avoir suffisamment de temps. Là je vais en avoir... C'est terrible que cela arrive dans un tel contexte mais nous allons respecter les consignes sans céder à la panique. Profiter de ce temps pour vivre au ralenti, dessiner, cuisiner, jardiner, faire du yoga ... Prends bien soin de toi et de ta famille. Des bises :)

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  2. Merci Sophie. Toujours tes mots ton inspiration m'accompagnent...
    C'est précieux en cette période si délicate.
    Je t'embrasse.
    Marie

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