Se recentrer ?

La semaine dernière, j'ai supprimé plus de 200 publications de mon compte instagram, me suis désabonnée de plus de 500 comptes que je suivais de loin.

C'est une prise de conscience lente, une digestion. 

Les réseaux, et plus globalement le téléphone, prennent de plus en place dans nos vies. Je finis par me dire que le moment où nous aurons un écran directement implanté dans l'avant bras n'est plus si loin. (dit-elle en écrivant sur son blog...)

C'est un malaise qui m'a déjà chatouillée par petits sursauts, qui grandit désormais en moi de façon continue depuis le confinement. L'obligation de la connexion. Le règne de l'instantané, du direct. Me retrouver entre mes quatre murs a accentué cette saturation. 

La communication est devenue un prétexte hypocrite. Alors que ce mot suppose une "mise en commun", un dialogue, un partage, ce qu'on prétend être de la communication n'est plus la plupart du temps que de la publicité. La logique n'est plus d'établir un échange, mais de dresser une vitrine, de rendre visible, voire le plus visible possible.

Quand on pratique une activité artistique, quelle qu'elle soit, on se retrouve confronté à ce tiraillement : avoir besoin de s'isoler pour dégager du temps de qualité permettant d'accoucher de ses créations, et dépenser du temps, parfois beaucoup de temps, pour faire connaître son travail, donner envie à d'autres de le découvrir.

Quelque chose me met particulièrement mal à l'aise dans l'orientation qu'ont pu prendre mes pages sur les réseaux sociaux ces derniers mois. Que ce soit pendant le concours d'écriture, l'hiver dernier, ou ensuite, lors du partage des avis de lecteurs, la promotion de mes livres a pris beaucoup de place. Je finis par me demander où se trouve le fameux "merveilleux dans l'ordinaire" que je mets tant en avant. 

Je ressens une dissonance entre ce en quoi je crois, ce qui me fait vibrer dans l'écriture ou la pratique artistique, et ce que la "promotion" m'amène à mettre en avant.

Au-delà de ces considérations, je commence aussi à ressentir une certaine frayeur face à toutes les informations et données qui sont collectées sur utilisateurs des réseaux à chaque clic. Les propositions de publicités très (trop) bien ciblées, les comptes que nous voyons dans nos fils d'actualité, ceux qui en disparaissent, les suggestions de contenu en lien avec nos clics... 

En parallèle, je prends la mesure de l'uniformisation incroyable des contenus : j'ai le sentiment que tout le monde finit par porter / cuisiner / lire / acheter / penser / ressentir la même chose. 

On nous fait rêver les réseaux comme moyen de mettre en avant notre personnalité, nos goûts, nos créations. Mais ne serait-ce pas plutôt le moyen de nous rendre un peu plus moutons, un peu plus uniformes ? De nous voler du temps. Du temps, de l'attention, de la capacité de réflexion par soi-même...

Lire et/ou écrire un contenu long, dans ce zapping qui nous envahit, devient presque un geste militant.

Aujourd'hui, je me demande : peut-on exister dans le domaine artistique sans les réseaux sociaux ? Peut-on tisser des liens à distance sans eux ?

Je pense que oui. A condition de nourrir des ambitions qui ne sont pas la course à la reconnaissance ni  à l'accumulation des relations. A condition, aussi, de se demander quel est le vide que l'on remplit en se vidant la tête dans nos écrans.

La sobriété heureuse, terme qui représente un peu mon idéal (très dur à atteindre dans une société qui prône tout le contraire) est peut-être, une fois de plus, la solution. 

Prendre plus de plaisir à recevoir un retour de lecture chaleureux de vive voix au détour d'une bibliothèque plutôt qu'à recevoir dix likes. Savoir qu'un de mes romans a apporté un peu de lumière dans l'existence de quelqu'un au lieu de me féliciter d'avoir 2000 vues sous une publication.

Les réseaux nourrissent l'une de nos plus grandes peurs : celle de n'être personne, de disparaître. C'est l'angoisse de mort déguisée, que nous comblons à grands coups d'écrans, de likes et de partages virtuels. Avec un peu de recul, il est aisé de voir que ce virtuel est un grand feu de paille.

Je tente d'entreprendre un grand chantier personnel : celui d'être plus dans l'être que dans le faire, plus dans l'être que dans le paraître. La lenteur. La qualité au lieu de la quantité. La présence, plus que jamais.

Chaque expérience est une occasion de réajuster nos objectifs de vie. Je saisis cette prise de conscience ainsi. 

L'occasion de me recentrer, d'être présente à mes essentiels, d'être dans le juste sans chercher à me fondre dans le moule des attentes des autres !



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Si vous avez envie de creuser le sujet :

> Article du blog de Camille Sfez

> Article du blog de Debobrico

> Livre : La fabrique du crétin digital

> Lâche ton écran


Commentaires

  1. Bonjour Sophie. Ça fait des mois que je me dis que je passe beaucoup trop de temps sur instagram (31 minutes en moyenne par jour de semaine contre 3 minutes le we!). En plus de ce temps "perdu" je suis entièrement d'accord avec toi lorsque tu évoques l'uniformisation des contenus. J'ai commencé mon petit ménage ... Je me rends compte que j'ai arrêté de publier des articles sur mon blog depuis instagram . Je suis un tout petit peu nostalgique de cette époque des blogs "à l'arrache". Merci pour tes mots! Passe un bon weekend. Des bises. Delphine

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    1. Moi aussi, j'avoue, je suis nostalgique des blogs, nostalgique d'hellocoton au temps où la pub n'envahissait pas les blogs !
      Les usages changent vite !

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  2. Merci d'avoir posé ces mots ici Sophie.
    J'entretiens une relation étrange avec Instagram, tantôt je suis emballée et tantôt décontenancée. C'est parfois trop pour moi ce flux ininterrompu d'informations.
    J'essaie de plus en plus de lâcher mon téléphone, c'est mon fils qui m'a fait prendre conscience du temps que je passais dessus alors que j'avais l'impression de ne pas être tant connectée que ça. Comme quoi!
    Je suis partagée entre "vivre avec son temps" et une petite nostalgie du temps où l'on prenait le temps d'écrire de vrais articles.
    Et puis il y a cette quête de reconnaissance, de connexion. Pendant le confinement, je me suis sentie seule et j'ai essayé de combler ce vide par les réseaux sociaux. Mais cela n'a rien comblé, je me suis sentie encore plus seule au final. Rien ne vaut le contact, comme tu le dis, toucher une personne véritablement.

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    1. Comme je te comprends. Les téléphone ont souvent un paramétrage qui permet de voir le temps qu'on passe sur les appli et de les limiter, c'est surprenant parfois, de voir e temps comptabilisé !
      Le confinement a fait exploser les échanges virtuels, ça c'est certain, et en même temps, il nous a mis face à cette saturation, je trouve. Je te souhaite de trouver ton équilibre !

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