Les matins d'à quoi bon

 


Il y a ces actualités qui effraient. La violence, la santé en péril, l'austérité partout.

Il y a l'automne qui prend ses aises, déploie ses nuages, évente ce qu'il reste de nos corps d'été. La grisaille, l'humidité sournoise, la lumière qui se retire sans révérence.

Les possibles sont rayés de la liste, un par un. Ne restent que les routines, la répétition, en mode automatique, gommant un peu plus les aspérités du temps. 

J'étais bien, en été. 

J'étais bien, dans la verdure, dans les embruns, dans les bras des miens, dans la lenteur, dans les bouquins. A cueillir des mûres, des mots d'enfants, à glaner des heures de rires et des heures de rien. 

La rentrée m'a de nouveau aspirée dans une liste infinie de cases à cocher. C'est dans ma tête que manque l'espace. Au fond, je sais bien que tout n'est question que de fatigue et de perception. Le temps peut toujours se trouver. L'énergie se ménage. Les priorités s'arbitrent.

Quand on fait chanter Julien Doré dans le salon quatre fois de suite en dansant comme des fous, je le sais.

Quand on passe l'après-midi à jouer en famille, je le sais.

Quand je glisse mes pas dans l'herbe mouillée, je le sais.

Quand on imagine des gâteaux pour pouvoir mieux les déguster, je le sais.

Quand on se crée des dimanches au milieu de la semaine, je le sais.

 

Mais il y a ces matins où le focus se fait sur les dépenses imprévues, les tuiles, les renoncements et les prises de retard, les stagnations, les épuisements, qui nous aliènent un peu plus au monde qu'on voudrait rejeter de tout notre cœur. 

Ce sont des matins d'à quoi bon.

Ces matins-là, j'aimerais qu'une autre moi me prenne par la main. 

Qu'elle me dise que l'automne est là pour que je laisse tomber mes feuilles mortes. Pour que je me déleste du superflu, du périmé, de ce que je m'inflige à moi-même et de ces possessions qui nous possèdent. 

Qu'elle me dise que mes branches nues auront alors de l'espace et du temps. Qu'il faut bien quelques "non" pour laisser de la place à des "oui" plus appropriés. 

Mais que le printemps ne vient qu'après l'hiver.

Commentaires

  1. Des mots qui me touchent et font écho à mon ressenti Sophie.
    Cette rentrée m'a mise KO. Je prends doucement le temps de retrouver un rythme plus lent, plus sûr.
    Il faut l'automne pour lâcher, trier mais ce n'est pas toujours le plus tranquille, ni le plus confortable. Alors il est essentiel je crois de noter ces instants de flottements, ceux qui nous font du bien, pour se rappeler que ce qui compte est là, jamais loin et que dans ce temps incertain, ils sont les bases pour aller de l'avant.
    Je t'envoie d'affectueuses pensées et une fois encore merci pour tes jolis mots.

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