Un soupçon d'éternité


RETOUR D'AOÛTOPIE...

J'avais déjà lu mon roman jeunesse à voix haute : à mes enfants, quand ils ont découvert le manuscrit, à des élèves aussi, dans une école, mais juste quelques pages.

Hier, des personnes que j'apprécie beaucoup m'ont offert un créneau dans leur programmation de festival. J'ai lu Zak et Anouck, L'aventure c'est comme la confiture, à un public, dans une médiathèque.

En 2018, je les rencontrais, ces faiseurs de lumière aux invisibles, et ils enregistraient ma voix, cette voix que j'ai longtemps tue, détestée, malmenée. Je leur disais la petite fille qui n'arrivait pas à parler, et cette jeune femme en devenir qui avait doucement dompté les peurs. A cette époque, quelque part dans l'enregistrement, je parlais du premier livre que je venais d'écrire et d'auto-éditer, de mon travail où je me fanais un peu et non sans humour du best-seller qu'il fallait que j'écrive pour m'extraire des contraintes salariales en perte de sens. Depuis, il n'y a pas encore eu de best-seller mais il y a eu 3 autres livres.

Cette possibilité de dire, hier, ce que j'écris, est un joli cadeau qu'ils m'ont fait. Mon enfant intérieure sautait de joie et de fierté.

On pourrait croire que lire un texte pendant 40 minutes, en intérieur alors qu'il fait beau, sans bouger du fauteuil, devant des enfants peu habitués à participer à ce genre de manifestation, était un défi compliqué à relever. L'assistance allait-elle rester calme et attentive durant tout ce temps ? J'avoue, j'en doutais. Et je me sens bien bête, car ce sont 40 minutes de silence absolu, de visages suspendus et d'yeux rivés à mes mots que j'ai vécues à leurs côtés. 

Après ça, nous avons regardé ensemble l'objet livre, les douces illustrations de Thierry, et c'était beau, comme ils avaient écouté et compris mon histoire. Une nuée d'enfants qui mettaient leurs sourires et leurs mots à eux sur ceux que je leur avais tendus.

Je tenais à proposer au public un atelier en accord avec l'esprit de mon texte. Quelque chose qui les rende acteurs, qui les relie à la nature et à l'imagination. Nous avons donc poursuivi l'après-midi dans un parc, où j'ai invité tout un chacun à illustrer l'histoire façon land-art, au moyen d'éléments de la nature. Des branches, des cailloux, des feuilles et des fleurs, des noix, des plumes...

       
     

       


    

Ici, un garçon a imaginé une forêt. Là, une grande dame sensible et une petite fille ont représenté des personnages. A côté d'elles, trois grandes qui aimeraient qu'on leur lise encore des histoires ont fabriqué une boussole. Vous les auriez-vu détacher une par une et placer avec précision les fleurs de tanaisie pour sertir d'or leur création ! La poésie de leur geste, si seulement vous l'aviez vue !


Et tant d'autres représentations encore. Des coffres au trésor, un chien, un oiseau, etc.

Il y avait là, criante d'évidence, la préciosité du banal : de tout temps, de tout lieu, le meilleur jouet du monde est un bâton, un caillou.

J'ai le sentiment d'avoir eu un peu de pouvoir, le temps d'une heure. Celui de rendre ces enfants présents à l'instant qu'ils étaient en train de vivre, présents à la nature qui les entoure, même entre deux barres HLM. L'art peut être à la portée de tous et entièrement gratuit. 

Avant de partir, j'ai retourné les boîtes et les sacs, j'ai versé sur le sol tous les trésors que j'avais apportés pour l'atelier, ces bouts de bois, ces feuilles, ces graines et ces cailloux. Je me suis faufilée. Les enfants, eux, ont continué à tapisser de beau le gravier gris. Ils ont offert leurs œuvres à l'éphémère et au vent. Les feuilles qui jonchent les trottoirs ce matin racontent peut-être leurs histoires.

Il y avait, dans leurs gestes voués à l'inévitable impermanence, un soupçon d'éternité.


Merci à Nicolas F., Pauline S., Elisa D. et les bénévoles de la Cie Noutique et de l'Aoûtopie.

Merci à la médiathèque Buridan pour l'accueil.

Commentaires

  1. Ce texte est superbe Sophie, plein de délicatesse. Une ode à la simplicité, à revenir à ce qui est, là et qu'on oublie en cherchant ailleurs ce qui est à portée de regard.
    Merci!

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    1. Merci Marie, ce genre de moments sont ceux qui me sortent avec joie de ma fréquente solitude choisie.

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