Se prolonger



Cette photo, je l'adore, je l'appelle "notre photo de Dupont et Dupond".


Ce n'est pas souvent que je dépose du très intime ici. Pas souvent non plus que j'y expose ma famille - il m'a dit "tant que ce n'est pas une photo de mes fesses...".


Nos marinières, un lieu que j'aime plus que tout, la magie d'un séjour qui nous a ressourcés à fond les ballons. Cette photo dit quelque chose de nous. 

Je le prolonge, il me prolonge. 

Dieu sait si notre couple en a subi, des secousses jusqu'à des points de rupture ! Mais depuis 16 ans, on a réussi le petit exploit de grandir et d'évoluer en développant une incroyable capacité à communiquer et à nous remettre en question. C'est ce qui nous a sauvés. Même quand on ne voyait plus d'avenir en commun, il restait de lui à moi, de moi à lui, un profond lien d'affection et de respect. On n'a pas toujours cheminé à la même vitesse, on n'a pas toujours les mêmes croyances ni les mêmes rythmes. La routine nous éprouve, bien sûr, on n'échappe pas à la règle. Mais je crois qu'on se voit bien vieillir ensemble, on se supporterait, immobiles dans deux fauteuils, à regarder le paysage et les jours qui ne s'écouleraient plus vraiment.


Je ne sais pas à quoi on reconnaît l'amour. 

Peut-être à la possibilité d'être pleinement soi en compagnie de l'autre. Sans doute à l'équilibre de notre influence mutuelle. Évidemment, à l'absence de peur que l'autre nous inspire. Certainement à la présence qu'on manifeste l'un pour l'autre, aussi, bien sûr.


Se prolonger, à mon sens, c'est nourrir un horizon commun tout en continuant d'être aux petits soins avec soi. Ce n'est pas s'effacer derrière l'autre, ni l'écraser, c'est composer une entité tierce harmonieuse dans le respect de nos individus.


J'ose espérer que le couple puisse être un espace choisi d'épanouissement, pas un carcan subi par habitude qui finisse par mener à la dissolution.


Je vieillis et je réalise que je ne cesserai jamais de questionner comment on aime, comment on s'aime. L'amour se dit aujourd'hui libre et moderne, j'ai toutefois le sentiment qu'il ne s'est jamais aussi mal porté dans le monde autour de moi.


C'est un sentiment qui demande à être exploré et réinventé, encore et encore.

Commentaires