A la faveur de l'automne, se dépouiller (et changer sa façon de publier des livres)

 

Des semaines, des mois en réalité, que je tourne cette question dans mon esprit. 

A la faveur de l'automne, à la manière des arbres qui se dénuent de feuilles ayant fait leur temps, j'effectue une mue saisonnière. Il fallait que l'idée aille à son terme, que je sois prête à tourner la page. Au cours de cette semaine, j'arrêterai d'auto-éditer mes livres parus de cette manière.

Kindle Direct Publishing (KDP pour les intimes) a été un excellent moyen pour moi d'entrer en littérature. Bien qu'il s'agisse de la plate-forme d'auto-publication d'Amazon, ce géant que je n'apprécie pas, je ne crache pas dans la soupe. Ce fut pour moi un incroyable intermédiaire entre ma plume de débutante et les lecteurs d'un peu partout.

J'ai adoré l'aventure de l'auto-édition pour plusieurs raisons. 

D'abord, elle m'a permis d'aller au bout du projet qu'était mon premier roman. Je l'ai publié sous pseudo, j'ai de cette façon testé mon texte, tâtonné, jusqu'à être capable de l'assumer pleinement. 

Vous n'imaginez pas à quel point L'Aubépine a marqué une étape fondamentale dans ma vie. De l'écriture à la fierté d'avoir écrit un livre, du manque de confiance en moi aux retours émus de lectrices et lecteurs, j'ai grandi avec ce texte, avec tout ce qu'il porte de moi. L'Aubépine a donné un sens à mes jours à un moment de mon existence où l'aiguille de la boussole tournait en tous sens. Ce roman n'est resté en autoédition qu'un tout petit mois, je l'ai écoulé en quantité anecdotique, mais ça n'en fut pas moins un bond de géant pour celle que j'étais. Depuis 2019, il a trouvé sa place chez un éditeur. Tout n'est pas simple, tout n'est pas rose, rien ne se passe vraiment comme je l'avais imaginé. Des nœuds persistent sans raison véritable, si ce n'est celle peut-être de me permettre de grandir encore, de croire en moi, de refuser de m'écraser. Ma confiance déplacera des montagnes.

Ensuite, j'ai pu porter grâce à ce mode de publication deux livres qui me tenaient à cœur et que je ne voulais/pouvais pas faire éditer autrement. Avec Du merveilleux dans l'ordinaire et Un diamant dans une boîte à chaussures, j'ai pris un plaisir immense à travailler sur l'objet livre dans son ensemble. Pour moi qui touche un peu au graphisme, à la PAO, à la communication, ces deux ouvrages ont été un régal à concevoir et à promouvoir. J'ai, une fois encore, beaucoup appris. Mettre la main à la pâte à chaque étape de la création du livre m'a permis de développer créativité et compétences nouvelles.

Enfin, m'auto-publier a été synonyme d'un gigantesque travail sur moi-même, sur le plan psychologique. J'ai dépassé mes peurs, j'ai risqué l'échec et les critiques. J'ai appris à me mettre en valeur. Aujourd'hui, je suis reconnaissante envers moi-même de m'être donné ma chance. On attend parfois des années que quelqu'un reconnaisse notre travail ou détermine notre valeur. J'ai compris dans cette aventure que si on travaillait efficacement et sincèrement, on n'avait aucune honte à avoir de ses productions. Au contraire, croire humblement en soi ouvre des portes et donne aussi envie aux autres d'y croire à leur tour.

L'auto-édition, toutefois, a fait son temps dans mon parcours. Je suis arrivée à un moment de mon évolution où j'ai envie d'autre chose. 

D'abord, utiliser les services d'Amazon n'est plus vraiment envisageable pour moi à ce jour, cela crée une dissonance cognitive trop importante dans ma vie. J'ai accepté le compromis un temps. Désormais j'ai besoin d'aligner mes principes et ma façon d'évoluer dans le milieu du livre.

J'ai surtout envie de travailler main dans la main avec des éditeurs.

J'ai envie que les libraires perçoivent la crédibilité de mon travail et me permettent de toucher leurs lecteurs. 

J'ai envie d'exister dans leurs rayons pour que mes mots rencontrent celles et ceux qui ont envie de les recevoir. 

Pas parce que ma petite personne veut devenir quelqu'un. Non. Je sais très bien qui je suis, je ne suis plus assoiffée de reconnaissance. Mais pour entrer en partage. Oui.

Je sais pourquoi j'écris : c'est une action qui répare en moi les brèches de silence, des brèches gorgées d'un écho qui n'attend qu'une chose, se faire entendre d'autres êtres eux aussi un peu ébréchés. 

Mes mots portent l'espoir d'une réparation partagée. Ils ont des flammes de bougies prêtes à en allumer d'autres sans s'éteindre.

Les récits relient les imaginaires par des fils invisibles mais très solides. Je regardais récemment mes jeunes lecteurs, et je les voyais presque briller, ces liens imperceptibles. Dans l'acte de conter réside une part de notre humanité. On touche à l'émotion, à la psyché.

Quand je raconte, je couds l'intime avec l'universel.



A la faveur de l'automne, je me dépouille donc de ce qui ne m'est plus utile, je rends à la terre les ramures qui m'ont élevée bien au-delà de ce que j'avais espéré mais qui m'encombrent un peu désormais. 

J'élague.

A partir de ce deuil naturel, la terre se chargera ensuite de redevenir fertile, tout doucement, dans son long sommeil d'hiver. Alors, un jour de printemps ou d'été, quand les projets auront suffisamment reposé, quand j'aurai repris les semailles, peut-être aurai-je la surprise de voir surgir quelques fleurs et autres graines. 

J'ai tout mon temps. 

J'ai envie de créer de belles choses.

Derrière la grisaille de l'automne se cache un inaltérable soleil, j'en ramasse des paillettes au creux des gouttes de pluie et des brouillards sauvages. Toujours, la lumière sait se faire subtile pour imprégner les lieux. 

Nul besoin d'embraser le monde entier, une étincelle suffit.


Commentaires

  1. J'aime beaucoup tes mots Sophie, tout en délicatesse et grâce. Chaque temps a sa raison d'être puis vient un temps où on aspire à autre chose.
    Je te souhaite de belles rencontres, car c'est souvent de ça dont il s'agit quand on pose nos mots sur le papier.
    Au plaisir ici ou ailleurs.

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    1. Merci Marie ! Tu es une de ces rencontres virtuelles qui, à petits points filés, apporte de la lumière aux créations !

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  2. Je te souhaite plein de belles choses pour la suite :-)

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